Trafic présumé de bébés: 7 ans requis pour les vendeurs, 2 ans pour les acheteurs

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Patrick Gontard (2ème à D) et Jean-François Chanut (D), les avocats de Mike et Carmen Gorgan (G) avant le début du procès le 7 avril 2015 de dix personnes soupçonnées d'avoir pris part à un trafic de nourrissons
Patrick Gontard (2ème à D) et Jean-François Chanut (D), les avocats de Mike et Carmen Gorgan (G) avant le début du procès le 7 avril 2015 de dix personnes soupçonnées d'avoir pris part à un trafic de nourrissons — BORIS HORVAT AFP

Des peines allant jusqu'à 7 ans de prison ont été requises mercredi à Marseille contre quatre Roumains accusés d'être les organisateurs d'un trafic de bébés, achetés notamment par deux couples stériles à l'encontre desquels deux ans de prison ont été requis.

«Quelles que soient les souffrances endurées par ces deux familles qui ont pris les enfants, ce n'est pas possible d'acheter des enfants», a lancé le procureur Ahmed Chafai. «Il y a un principe sur lequel je ne peux pas monnayer, c'est le respect de la vie et de la dignité humaines», a-t-il poursuivi.

Évoquant des «malheureux complices», M. Chafai a dépeint des acheteurs «qui ne sont ni des bienfaiteurs, ni des voyous». Ces acheteurs, Mike et Carmen Gorgan et Marius Demestre et Kelly Sara, sont issus de la communauté des gens du voyage.

Et si les époux Demestre ont conservé jusqu'à aujourd'hui la garde de l'enfant qu'ils ont acheté --âgé de plus d'un an lors de leur interpellation, il n'avait pas supporté d'être placé--, le couple Gorgan espère en revanche pouvoir récupérer le bébé qu'ils n'ont gardé que quelques semaines.

«Ce qui ressort avant tout de ce dossier, c'est l'exploitation de la souffrance», a plaidé Pierre-Philippe Cunique, l'avocat de Marius Demestre et Kelly Sara, décrivant leur «désir d'enfant puissant, difficilement réalisable par les voies légales de l'adoption» parce qu'ils sont des gens du voyage. «Le petit Kevin (le prénom a été modifié, ndlr) n'a pas à être puni de ces mensonges», a poursuivi Me Cunique, demandant une dispense de peine pour ses clients.

Au total, quatre grossesses sont au cœur du procès devant le tribunal correctionnel de Marseille. Dans deux cas, les transactions ont abouti, dans deux autres, elles ont échoué.

- 'Usine à bébés' -

Et les organisateurs de ce que la juge d'instruction avait dépeint comme un «réseau particulièrement bien structuré», ce sont, selon l'accusation, les quatre Roumains âgés de 25 à 42 ans qui comparaissent détenus et qui sont poursuivis pour association de malfaiteurs et traite d'être humain. Ilie Ionita et les compagnons de trois de ses sœurs, Valeriu Rosu, Florian Stan et Florin Coman, qui ont multiplié les dénégations souvent évasives ou peu crédibles, encourent 10 ans d'emprisonnement.

Évoquant un «monde interlope à la limite du mafieux», le procureur a fustigé au cours de son réquisitoire «la création d'une usine à bébés». «D'autres enfants ont été vendus», a-t-il aussi assuré. «On donne une famille à un enfant, on n'offre pas un enfant à une famille!» a-t-il martelé, requérant sept ans de prison, sans distinction, à l'encontre des quatre hommes, dont le degré de responsabilité dans les faits jugés paraît pourtant bien différent d'un cas à l'autre.

Citant un contexte de «détresse humaine, de misère humaine et intellectuelle», Daniel Roscio, avocat d'Ilie Ionita et Valeriu Rosu, présentés par des témoins comme les principaux organisateurs des ventes, a dépeint des Roumains, qui «espèrent mieux vivre en France».

«Il faut s'interroger sur une certain hiérarchie dans ce dossier», a fait valoir de son côté Benjamin Liautaud, l'avocat de Florin Coman, évoquant quatre personnes «aux implications différentes» en parlant des quatre prévenus qui comparaissent détenus: «Florin Coman est loin, loin, loin d'être ce qu'on a appelé la tête de ce réseau.»

Six mois de prison ont également été requis contre Jonathan Demestre, un frère de Marius, poursuivi pour une transaction qui n'avait finalement pas abouti, et un an à l'encontre de Fana Moise, une des sœurs d'Ilie Ionita et la compagne de Florin Coman, qui avait vendu son bébé. Restée en Roumanie, elle n'est pas présente devant le tribunal, qui pourrait rendre son jugement dès mercredi en fin de journée.