MoryGlobal et ses 2.150 salariés au bord de la liquidation totale

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Des employés grévistes de Mory-Ducros le 29 janvier 2014 à Lesquin
Des employés grévistes de Mory-Ducros le 29 janvier 2014 à Lesquin — Philippe Huguen AFP

Le sort du transporteur MoryGlobal semble définitivement scellé après le retrait annoncé vendredi de la principale offre de reprise, rendant inéluctable sa «liquidation totale». Et plongeant les 2.150 salariés vers un plan social de grande ampleur.

La décision reviendra au tribunal de commerce de Bobigny, qui examinera la demande de liquidation mardi.

Toutefois, le retrait du transporteur normand Malherbe, qui proposait la reprise de 141 personnes, précipite la chute de l'ex-Mory Ducros, compagnie disparue il y a un an au prix de 2.800 licenciements, déjà.

Il n'y a «plus de suspense, c'est fait», a réagi Stéphane Boudaud, délégué du personnel. Selon lui, la principale offre de reprise partielle «a été retirée» par Malherbe, qui a fait jouer une clause suspensive en raison d'une baisse du chiffre d'affaires de MoryGlobal.

Sollicité, l'acquéreur potentiel a confirmé le retrait de son offre, sans en préciser les raisons.

Sur les huit offres de reprise déposées initialement, depuis le redressement judiciaire entamé le 10 février, c'était «la mieux-disante mais elle n'était pas valable pour autant», selon Jean-Claude Hacquard (CGT).

«Il n'y aura pas de repreneur, on va vers une liquidation totale» puisque toutes les autres offres ont été «rejetées» par l'administrateur judiciaire, affirme-t-il.

Les candidats potentiels ont tous boudé l'activité de messagerie, le coeur de métier de MoryGlobal et qui représente «90% de l'effectif», a précisé une source proche du dossier. Malherbe n'était intéressé que par les activités d'affrètement et de logistique, «ce qui ne représente qu'une toute petite partie du personnel», a-t-elle fait savoir.

- 'Foutre le feu' -

La disparition de la société ne faisant désormais plus de doute, les salariés concentrent leurs efforts sur l'obtention d'un plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) comparable à celui obtenu l'an dernier par leurs collègues licenciés de Mory Ducros.

A l'époque, l'actionnaire du transporteur Arcole Industries - qui est également l'actuel propriétaire de MoryGlobal - avait mis sur la table 30 millions d'euros de plus que le minimum légal, via des indemnités de licenciement dites «supra-légales».

Les salariés réclament que les «60 millions d'actifs de la société (leur) soient reversés», sous peine de «foutre le feu» dans les agences, assure Patrick Potin, employé dans le Loiret. «De toute manière on est foutu, on n'a plus rien à perdre», ajoute cet homme de 53 ans, dont 24 passés dans l'entreprise.

Jeudi, les représentants du personnel ont été reçus au secrétariat d'Etat aux Transports. A l'issue de la réunion, les pouvoirs publics se sont engagés à mettre en place «un dispositif exceptionnel d'accompagnement individualisé», avec le recours notamment à un cabinet de reclassement et à une bourse à l'emploi.

En outre, l’État «prendra en charge, pendant deux ans, les différentiels de salaires jusqu'à 300 euros par mois pour les salariés ayant retrouvé des emplois moins bien rémunérés», est-il précisé dans un communiqué.

Mais pour la CGT, c'est insuffisant parce qu'il n'y a «rien quant au financement d'une éventuelle supra-légale» et «rien nous laissant penser que le PSE qui sera négocié sera effectivement comparable à celui des Mory Ducros».

«Les représentants des ministres se sont engagés par écrit à nous aider», tempère Michel Ariba (FO), qui salue «un pas en avant» sans pour autant baisser la garde: «Les sites restent occupés».

Une nouvelle réunion est d'ores et déjà programmée la semaine prochaine entre les organisations syndicales et les pouvoirs publics.

Mais ces derniers n'entendent pas financer le plan social au-delà de ce que prévoit la loi. Dans le communiqué envoyé jeudi, le secrétaire d’État aux Transports Alain Vidalies, le ministre du travail François Rebsamen et celui de l’Économie, Emmanuel Macron, ont demandé «expressément au groupe Arcole Industries d'assumer ses responsabilités d'actionnaire et de contribuer au financement» du plan social.