La France vire à droite toute

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Pas l'ombre d'un doute. Les Français ont massivement accordé leurs suffrages à Nicolas Sarkozy, élu hier président de la République avec 53,3 % des voix. Son avance sur Ségolène Royal, très nette, dépasse celle de Jacques Chirac sur Lionel Jospin en 1995. Même la mobilisation très forte des électeurs, et donc des jeunes et des classes populaires, n'a pas permis à la candidate socialiste de s'en tirer avec une défaite plus honorable.

Nicolas Sarkozy a donc vu juste. Ses engagements précis, son projet fondé sur les notions d'ordre, de responsabilité individuelle et de nation, ont séduit les Français. Sa promesse de rupture avec le passé a fait un tabac. « Ce qui frappe dans ce résultat, c'est que les Français ont clairement voté par adhésion pour Nicolas Sarkozy, non par rejet de Ségolène Royal », explique François Miquet-Marty, directeur des études politiques de l'institut LH2. Le sondeur porte même au crédit du nouveau chef de l'Etat « d'avoir redonné aux Français la confiance dans l'efficacité de la politique. Son bilan en matière de lutte contre l'insécurité y est pour beaucoup. »

Héraut d'une droite décomplexée, à la fois libérale et conservatrice, Nicolas Sarkozy a surfé sur la volonté des Français de tourner une page. Leur message adressé hier est clair : la solidarité accordée par principe à tous les citoyens ne va plus de soi en France. « L'échec du système des retraites et de l'assurance-maladie a répandu l'idée qu'il fallait passer à autre chose, résume Miquet-Marty. Quand Nicolas Sarkozy parle d'effort individuel, de mérite, de tourner le dos à Mai 1968, cela parle à beaucoup de Français. » Mais pas à tous. En témoigne le rejet très vif suscité par le candidat de l'UMP auprès de nombreux jeunes et habitants des quartiers populaires.

Pour Ségolène Royal, le « tout sauf Sarkozy » n'aura pas suffi, loin s'en faut. La candidate socialiste s'était pourtant engagée dans la bataille avec un immense avantage : la sacro-sainte règle de l'alternance, qui veut que gauche et droite se passent la main à (presque) chaque scrutin depuis 1981. Sa mauvaise campagne, son projet peu cohérent, et dans une moindre mesure sa personnalité, lui ont fermé les portes de l'Elysée. Mais au-delà, c'est toute la gauche française, écartelée entre sociaux-démocrates et antilibéraux, qui devra refonder sa matrice idéologique sous peine de vivre des lendemains qui déchantent.