La victoire d'une société de droite et de devoirs

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On a tout lu sur lui. On a tout écrit. Les compliments comme les injures. On connaît ses emportements, ses idées bien ancrées à droite, sa capacité hallucinante à avaler des kilomètres de dossiers ou à éliminer ses adversaires un par un. Mais aujourd'hui, la question qui importe n'est plus de savoir qui il est, mais quelle France va incarner le nouveau président de la République.

Il y a une chose que le candidat n'a jamais cachée. Il n'a pas seulement des propositions pour la France, il a « un projet de civilisation » qui se dessine dans les heures et les heures de discours qu'il a prononcées depuis le 14 janvier dernier, date de son investiture par l'UMP.

Sa France à lui, c'est une affaire de case (le citoyen est au travail, le récidiviste est en prison...) et de vie toute tracée : le jeune étudie pour trouver un travail, puis il travaille pour acheter son logement, enfin à sa mort, il lègue son patrimoine à ses enfants. Une vie où chacun a une fonction, une utilité. Selon lui, « le plaisir de la connaissance n'a pas vocation a être financé par l'Etat ».

Le refus de remettre la barre

au centre après le premier tour

Cette vie toute tracée, elle devra se faire au mérite, qui est la qualité la plus importante à ses yeux et qu'il n'a cessé de mettre en avant. Le mérite, c'est même la condition intrinsèque de l'ordre, selon lui : « L'ordre, c'est quand la loi est la même pour tous, quand le crime est puni et le mérite récompensé. » La récompense de son mérite à lui n'est-elle pas dans sa victoire d'hier soir ? Car s'il est parvenu à ce résultat, il le doit en grande partie à lui-même. C'est contre l'avis de ses proches qu'il a démissionné le plus tard possible du ministère de l'Intérieur. C'est contre l'avis de ses proches qu'il fait une campagne sur des thèmes très à droite. Et c'est encore tout seul qu'il a refusé de remettre la barre au centre après le premier tour et le bon score de Bayrou.

La société de Nicolas Sarkozy sera faite de droits et de devoirs. Et ne pourront avoir accès à la fraternité que ceux qui acceptent de participer à son projet de civilisation. « Les valeurs de la France, nul ne peut prétendre vivre en France sans les respecter », répète-t-il souvent. Une idée développée chez Le Pen de façon un peu plus abrupte. « Quand vous invitez quelqu'un chez vous, vous attendez de lui qu'il se comporte correctement sinon vous le mettez dehors », a coutume de dire le leader du FN.

Pour autant, Nicolas Sarkozy assure qu'il fera tout cela pour protéger le pacte social français et éviter une société où chacun ne penserait plus qu'à soi. Sa solution : demander plus à celui qui est fort pour aider les plus faibles. Et de mettre en avant sa conception de la discrimination positive, basée selon lui sur des critères sociaux et non raciaux.

Il a touché une corde sensible dans l'inconscient français

Le candidat a toujours eu un regret. Celui de ne pas avoir fait Mai 68 de l'autre côté des barricades. Alors son anti-Mai 68, il le fait aujourd'hui. Pour lui, cette période est la marque d'une société dont il ne veut pas. Il a senti qu'il pouvait s'y attaquer, que c'était le bon moment, celui où enfin, il n'y a plus à s'excuser d'être de droite. Il n'y a rien qui ne l'irrite autant que cette impossibilité d'assumer ses convictions. La faute à Mai 68 selon lui : « On n'avait pas le droit de parler de la nation, de parler de la République, de parler de l'Etat depuis que l'idéologie de Mai 68 avait pris le pouvoir intellectuel, le pouvoir médiatique, le pouvoir politique. »

A côté de cette revanche idéologique, il y a aussi ce rejet de la repentance de la colonisation, signe d'une autre page qui se tourne : « La colonisation était un système injuste, mais les hommes et les femmes qui ont oeuvré pour elle l'ont fait de bonne foi. » Un exercice scabreux tant son argument pourrait s'appliquer à l'apartheid avec bien d'autres résonances. Mais nul doute qu'il a touché là une corde sensible dans l'inconscient français.

Au bout du compte, la seule femme qui a été présente à ses côtés durant sa campagne, ce n'est pas celle qu'on croit. C'est cette France ou plutôt l'idée qu'il s'en fait. « Elle ne m'a pas quittée, je n'ai parlé que d'elle, je n'ai pensé qu'à elle », a-t-il encore dit à Montpellier vendredi. Et désormais la France, c'est un peu lui.