«Sarkozy recueille les fruits d’une ligne politique constante»

Propos recueillis par Stéphane ALLIES

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Bruno Cautres, chercheur au Cevipof, livre les premiers enseignements du scrutin…

Comment analyser l’écart entre les deux candidats?

C’est une victoire nette, plus élevée que celle de Chirac en 1995, et qui voit Sarkozy devant lors des deux tours. Ce résultat récompense la stratégie de toute sa campagne, avec un message relativement clair et une orientation clairement à droite. Sarkozy a réussi à capter les voix du FN comme Mitterrand avait réussi pomper le réservoir d’électeurs communistes en 1981. Pour autant, ce n’est pas un plébiscite et il n’a pas forcément les mains libres. Les préoccupations sociales ont également été au centre des débats et il devra composer avec cela.
Sarkozy recueille les fruits d’une ligne politique claire, face à une ligne flottante. Ségolène Royal était certes contrainte de changer de stratégie, mais entre le débat avec François Bayrou et le second tour, il ne s’est pas vraiment passé grand chose.
 
Une période d’incertitude s’ouvre pour le PS?
Le PS s’inscrit dans une posture assez solitaire et pose le problème des alliances. Les socialistes sont à un moment charnière de leur histoire comme ils ne l’ont jamais été. Va-t-il s’orienter vers un grand parti social-démocrate ou considèrera-t-il que la perte d’une troisième présidentielle est due à une ligne pas assez à gauche ?
 
Les législatives se profilent déjà. Que peut-on en attendre?
La déclaration de Ségolène Royal dès le résultat connu et avec une posture combative est un message à la fois adressé à ses électeurs et au PS lui-même. Une façon de dire : «l’histoire ne s’arrête pas ce soir» et de se positionner pour l’après. Même si elle fait à peu près le même score de Jospin en 1995, le résultat n’est pas celui d’une défaite positive pour le PS, Royal arrivant nettement derrière au premier tour. Mais avant une quelconque recomposition, le parti doit d’abord sauver ces sièges de députés.
 
Quid de l’UDF et du FN?
Tous deux abordent le scrutin législatif comme un troisième tour de présidentielle, soit pour confirmer, soit pour rebondir. Le nouveau Mouvement démocrate de Bayrou va présenter des candidats dans chaque circonscription et il sera intéressant de suivre son comportement sur la question d’éventuelles alliances locales, à droite ou à gauche, ou à gauche et à droite… Quant au FN, il se heurte à une question à la fois simple et complexe: comment des électeurs qui l’ont lâché à la présidentielle reviendrait cinq semaines après dans leur giron, alors qu’ils ont rejoint un Sarkozy gagnant?