La CGT dégringole à Air France, doublée par les réformistes

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Une centaine de salariés de la compagnie Air France manifestent devant les grilles de la préfecture de Haute-Corse le 18 janvier 2012 à Bastia
Une centaine de salariés de la compagnie Air France manifestent devant les grilles de la préfecture de Haute-Corse le 18 janvier 2012 à Bastia — Pascal Pochard Casabianca AFP

Coup de tonnerre à Air France. La hiérarchie syndicale a été bouleversée vendredi par la chute historique de la CGT, de la première à la quatrième place au profit des réformistes, ayant négocié des mesures pour accompagner la restructuration en cours.

En quatre ans, le syndicat contestataire a perdu près de 4 points pour s'établir à 14%, derrière l'alliance constituée par la CFE-CGC et l'Unac qui a recueilli 18% des suffrages. Force ouvrière et l'Unsa Aérien complètent le podium, la CFDT se classant cinquième.

Du côté des pilotes, le puissant SNPL voit son audience décliner de six points mais reste, avec 65%, largement devant son dauphin, le Spaf, qui a bondi de neuf unités pour s'établir à près de 21%.

La CGT avait fait une priorité de la lutte contre le plan de restructuration «Transform», qui a conduit à des milliers de suppressions d'emplois depuis son lancement en 2012. Toutefois, cette stratégie semble ne pas avoir conquis les quelque 50.600 électeurs appelés aux urnes (70% de participation).

Les résultats traduisent «un vote de crainte» pour l'avenir «plus que de combat», a réagi Didier Fauverte, secrétaire général CGT du Comité central d'entreprise d'Air France.

Les salariés se sont dits qu'il fallait «mieux voter pour des organisations syndicales qui ont négocié les conditions pour conserver son emploi ou partir dans le cadre d'un plan de départs volontaires» (PDV), selon lui.

En novembre 2013, la CFDT, CFE-CGC et FO ont ainsi signé un PDV chez les personnels au sol, qui prévoyait d'accorder jusqu'à 18.000 euros aux candidats aux départs, en plus de l'indemnité de base.

Annoncé fin janvier, le dernier PDV - le quatrième depuis 2012 - vise 500 postes au sol, catégorie la plus touchée déjà par les précédentes coupes dans les effectifs, sur un total de 800.

Dans cette catégorie, la CGT est descendue de son trône, sur lequel s'installe pour la première fois la CFDT (20,2% contre 19,7% pour la CGT). Le secrétaire général de la CFDT Laurent Berger a salué dans un tweet une victoire «historique» pour son syndicat.

- Nouveau revers électoral -

Plus généralement, il s'agit d'un nouveau revers électoral de taille pour la CGT au sein d'une grande entreprise française, après ceux enregistrés à La Poste, à la SNCF, à EDF ou encore chez Orange, où elle a été dépassée par la CFDT, du jamais vu chez l'opérateur télécoms.

Le grand vainqueur du jour, la CFE-CGC, se félicite de son côté de la «reconnaissance» de son positionnement par des salariés qui «ont su nous faire confiance», notamment lors de l'application de «Transform», a indiqué à l'AFP son secrétaire général, Ronald Noirot.

La CFE-CGC récolte peut-être aussi les fruits du discours très critique qu'elle a tenu à l'encontre des pilotes lors de la grève menée par ces derniers en septembre, contre les conditions d'expansion de la filiale low cost Transavia France.

Chez les pilotes, le SNPL a perdu un peu d'avance sur ses poursuivants, même si, avec 65%, il reste largement devant le Spaf (20,76%). Le syndicat contestataire Alter, avec 9,85%, manque la représentativité pour moins d'une dizaine de voix. R'way ferme la marche avec 4%.

«Quand même content de ce résultat», le président du SNPL Air France Philippe Evain attribue cette perte de vitesse à la gestion de l'après-grève.

«On paye un peu probablement notre signature de l'accord sur Transavia», accepté par l'ancien bureau du SNPL une fois terminée la grève de deux semaines, avance M. Evain, qui prônait lui une ligne plus dure.

Dès lundi matin, les syndicats représentatifs seront reçus par le PDG d'Air France-KLM Alexandre de Juniac et celui d'Air France, Frédéric Gagey, pour une «réunion stratégique et sociale» centrée sur le plan «Perform 2020», successeur de «Transform».

Air France-KLM a accusé une perte nette de 198 millions d'euros en 2014. Sans la grève, ses comptes seraient revenus dans le vert, selon la direction.