«Les législatives vont différer les querelles de l'après-second tour»

ENJEUX DU SCRUTIN Que va-t-il se passer à l’UMP, au PS ou à l’UDF après le 6 mai ?

Catherine Fournier

— 

Après l'audition sur le sport, le 14 avril dernier, des principaux candidats à la présidentielle, les représentants des candidats qualifiés au 2e tour ont précisé, vendredi au CNOSF, la politique qu'ils entendaient mener dans ce domaine à deux jours de l'élection.
Après l'audition sur le sport, le 14 avril dernier, des principaux candidats à la présidentielle, les représentants des candidats qualifiés au 2e tour ont précisé, vendredi au CNOSF, la politique qu'ils entendaient mener dans ce domaine à deux jours de l'élection. — Dominique Faget/ Eric Ferferberg AFP

Alors que les derniers sondages donnent Nicolas Sarkozy largement gagnant au second tour de la présidentielle, François Hollande évoque déjà dans les «Echos» datés de vendredi la nécessité «d’inventer autre chose» pour le PS, en passant par des «assises» ou une «refondation». Les résultats du 6 mai vont-ils vraiment recomposer le paysage politique? Quid du candidat perdant? Eléments de réponse avec les politologues Rémy Lefebvre et Julien Fretel.

Peu de suspense pour l’UMP
Que Nicolas Sarkozy remporte ou non l’élection présidentielle, une explosion de l’Union pour un mouvement populaire est quasiment exclue. «Nicolas Sarkozy a tellement verrouillé le parti à son arrivée en 2004 qu’il ne reste presque plus de chiraquiens, observe Julien Fretel, professeur à Sciences-po Lille. La seule qui pourrait faire des vagues est Michèle Alliot-Marie, mais elle risque d’être isolée au sein des néo-gaullistes.» Le candidat de l’UMP a renouvelé tout le personnel dirigeant de l’UMP en allant lui-même chercher sur le terrain, telle Rachida Dati. En cas de victoire, Nicolas Sarkozy placera à nouveau quelqu’un de confiance à sa place, comme Brice Hortefeux par exemple.

Les législatives en ligne de mire pour le PS
De l’avis de Rémy Lefebvre, maître de conférences à l’université de Lille-II, une défaite de Ségolène Royal n’entraînerait pas automatiquement un éclatement du Parti socialiste. «Les échéances électorales des législatives en juin voire des municipales en 2008 vont sûrement différer ou en tout cas civiliser les luttes internes», pronostique-t-il, à moins que la candidate fasse un score en deçà des attentes (moins de 45%), accélérant peut-être «l’ouverture des hostilités».

Quant à savoir ce qui se passera après, «les scénarios sont très incertains. Le PS devra faire un choix terrible entre la gauche de la gauche et le centre. L’alliance avec l’un ou l’autre ne semble toutefois pas pour demain, la culture du parti restant dominante.»

Concernant l’avenir de Ségolène Royal, Rémy Lefebvre doute qu’elle s’investisse dans l’appareil du PS ou qu’elle se présente aux législatives en cas d’échec, même si un résultat très serré (48-52%) lui donnerait davantage de légitimité. «On peut penser qu’elle adoptera une position de retrait.» Julien Fretel estime au contraire que la candidate pourrait s’imposer en leader de l’opposition et qu’il n’est pas exclue qu’elle se présente aux législatives. «Au cours de la campagne, elle est la seule à s’être opposée frontalement à Sarkozy et a développé un programme macro-économique cohérent, qui a convaincu les socialistes.» En cas de victoire, Rémy Lefebvre croit savoir qu’«elle aura une marge de manœuvre considérable, un candidat socialiste n’ayant jamais pris autant de distance avec le parti.»

La grosse incertitude pour le centre
L’avenir de la future ex-UDF et de François Bayrou est le gros point d’interrogation de cette élection. «Le ralliement d’une majorité de députés UDF à Nicolas Sarkozy a cassé l’euphorie de la campagne menée par le leader centriste avant le premier tour», constate Julien Fretel. Selon lui, le parti est mal préparé aux législatives, toutes les billes ayant été investies dans la présidentielle. «C’est une chose d’appeler à la fondation d’un nouveau parti, ç’en est une autre de le construire. Le mouvement démocrate est un peu comme une petite PME qui a remporté un gros contrat et qui n’a pas les moyens logistiques de le mener à bien.» D’après le spécialiste, François Bayrou va devoir composer avec ses parlementaires et risque de se retrouver dans la même situation qu’à l’UDF, où il lui fallait éteindre régulièrement les feux de la discorde. Quant à son rôle de leader de l’opposition, «il sera plus difficile à maintenir face à un PS peut-être dynamisé par un score honorable de Ségolène Royal, plus ancrée à gauche à la fin de sa campagne.»