«La gauche a peu de chance de l'emporter»

INTERVIEW Eric Dupin, journaliste politique et auteur du livre «A droite toute» (Fayard)…

Propos recueillis par Olivier Marino

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Eric Dupin, journaliste politique et auteur du livre «A droite toute» (Fayard), répond à «20 Minutes»

Qu’est-ce qui différencie les modèles de société des deux candidats ?


Le modèle de Nicolas Sarkozy est celui d’une droite affirmée. Il porte un projet libéral-conservateur, parfois un peu étrange et inquiétant sur certains points, mais cohérent. Pour Ségolène Royal, c’est plus compliqué. Elle garde des valeurs traditionnelles de la gauche comme la solidarité mais tente aussi de récupérer des valeurs à droite. Son projet, mêlant des
éléments de vieille gauche et de gauche moderniste, souffre d'une certaine incohérence.

Sommes-nous dans un affrontement classique droite-gauche ?


Le phénomène Ségolène Royal a surgi sur la transgression du clivage droite-gauche. Elle a remporté l’investiture du PS grâce à une popularité acquise avec un discours très droitier. Mais elle a ensuite dû composer avec l'état actuel de la gauche.

Doit-elle donc se pencher vers le centre ?

Non, car elle risque alors de perdre le soutien de l’extrême gauche qui a rassemblé 9 % le 22 avril. Coincée entre l'électorat de Bayrou et celui de la gauche antilibérale, l’équation de Ségolène Royal tient de la quadrature du cercle.

Le PS ne devrait-il pas alors jouer la carte social-démocrate ?


Mais le PS est, en pratique, devenu social-démocrate depuis 1983 ! Il a même du mal à être vraiment réformiste. Au pouvoir, le PS s’est souvent contenté de gérer sans oser s’attaquer aux inégalités sociales. La droite s’est modernisée avec Nicolas Sarkozy. La gauche doit, elle aussi, faire sa mutation mais pas forcément en allant plus à droite !

Le PS risque-t-il l’explosion ?

En cas de défaite, si le PS refuse, comme en 2002, d’engager encore un débat de fond, il risque de voir son territoire en partie envahi par le nouveau «parti démocratique» de François Bayrou.

La seule chance de victoire de la gauche, c’est le tout sauf Sarkozy alors ?

Oui, Ségolène Royal pourrait gagner si on assistait à un référendum anti-sarkozy. Mais rien ne nous permet de dire que cela va être le cas. Le rejet envers le candidat UMP n’est pas majoritaire dans l'opinion.