Saint-Nazaire: ruée vers l'emploi dans la construction navale

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Un employé sur le chantier de Saint-Nazaire le 17 février 2015
Un employé sur le chantier de Saint-Nazaire le 17 février 2015 — Georges Gobet AFP

Portée par la construction de paquebots géants, la navale recherche soudeurs, mécaniciens ou ingénieurs pour ses usines de Saint-Nazaire, mais ne pourra satisfaire les centaines de demandeurs d'emplois de la région.

Plus de 2.000 personnes se sont ruées vendredi, dossier et CV sous le bras, au premier salon du recrutement naval organisé dans la cité des paquebots, formant dès le milieu de matinée de longues files d'attente devant les stands d'une vingtaine de recruteurs, dont STX, DCNS, Eiffel Industrie, ainsi que des sous-traitants, pour tenter de décrocher un emploi parmi la petite centaine proposée.

Le profil recherché va «du soudeur jusqu'à l'ingénieur» et les postes, de l'intérimaire au CDI en passant par le CDD, explique David Saenz, de la société organisatrice du salon, Inter Pôle.

STX France, qui construit actuellement le plus grand paquebot du monde, «Harmony of the Seas», et un autre navire de la classe «Oasis» pour une filiale de l'armateur américain Royal Caribbean Cruises Ltd (RCCL), cherche ainsi des «dessinateurs, techniciens, ingénieurs, conducteurs de travaux», à la suite de «la remontée en charge de ces deux dernières années», indique son directeur des ressources humaines, Christophe Mabit.

Après un passage à vide en 2012, le constructeur naval a décroché plusieurs contrats successifs, et, avec son carnet de commandes rempli jusqu'à 2019-2020, a «aujourd'hui encore 80 CDI à pourvoir en 2015», ainsi qu'une «cinquantaine de CDD» et des alternants, détaille M. Mabit.

STX France fait travailler actuellement 6.000 personnes, dont 2.400 salariés.

- 5 à 10 minutes pour convaincre -

Dans la file fournie menant à ce recruteur, où se côtoient postulants en jeans et costume-cravate, Valéry dit espérer «qu'avec le redémarrage de l'activité chez STX, il y aura du travail». Pour ce Parisien de 44 ans, qui a «fait un peu tous les métiers dans l'automobile, ingénierie, tôlerie, peinture» et qui cherche à se reconvertir à Saint-Nazaire, l'idéal serait de repartir avec «quelques contacts et quelques espoirs».

«En recherche d'emploi depuis quatre mois», Philippe, un habitant de la région qui «a travaillé dans la navale pendant une trentaine d'années», «espère au mieux décrocher deux entretiens à l'issue» du salon, pour un poste de directeur de projet, explique-t-il en attendant son tour, «pas surpris» de l'affluence, illustration selon lui des «3 millions de chômeurs en France».

En un peu plus d'une heure de «speed dating», où le face-à-face entre recruteur et postulant dure «5 à 10 minutes maximum», le responsable des activités navales d'Eiffel Industrie, Franck Guillemant, a déjà repéré environ un tiers de «profils intéressants», notamment pour des postes de soudeurs et mécaniciens, qu'il pourrait «revoir la semaine prochaine».

«Voir les gens, comme ici, même pendant 5-10 minutes, ça peut faire la différence. Ca fait du bien car aujourd'hui, on vous demande de mettre votre CV en ligne et il y a un côté déshumanisé de la recherche d'emploi. Ca vous isole, c'est déprimant», souligne Mercedes, 40 ans, «Bac +5, 15 ans d'expérience professionnelle et toujours pas de boulot en CDI».

Après un bref entretien lors duquel on lui présente un poste d'acheteur, à durée indéterminée, elle retrouve «le moral et le sourire», et ira «candidater» pour l'offre, sur internet.

Dans un tract distribué à l'entrée du salon, le syndicat CGT a mis en garde contre une «opération de communication», jugeant qu'il serait «inadmissible» que la charge de travail des chantiers navals de Saint-Nazaire «ne se traduise pas dans les plus brefs délais par l'embauche en fixe, en CDI et aux meilleurs conditions de plusieurs centaines et même de milliers de travailleurs», en «premier lieu chez STX, mais aussi dans la sous-traitance».