Les candidats passent à l'offensive

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Les sourires n'ont pas duré longtemps. Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal ont livré hier soir un des débats présidentiels les plus offensifs depuis 1974. Pendant plus de deux heures, les deux candidats se sont affrontés les yeux dans les yeux et sans concession.

« Moi, je ne mens pas », lance Ségolène Royal à Nicolas Sarkozy à 23 h. Le moment est tendu : la candidate socialiste vient d'attaquer son adversaire UMP concernant « l'immoralité du discours politique » à propos de la scolarisation des enfants handicapés. « Pour être présidente, il faut être calme, vous vous mettez bien facilement en colère », lui répond l'ex-ministre de l'Intérieur, lui reprochant de « perdre ses nerfs ». « Je ne perds pas mes nerfs, je suis en colère, et il y a des colères légitimes face aux injustices », rétorque la candidate.

On attendait un Nicolas Sarkozy bouillonnant, c'est finalement Ségolène Royal qui a été hier soir la plus offensive. Attaquant d'emblée son adversaire, elle l'a obligé à reconnaître qu'il est « responsable d'une partie du bilan du gouvernement ». Elle a surtout marqué des points grâce à son culot. « Je serai la présidente de ce qui marche », assène-t-elle à un Sarkozy sans voix. « Si vous ne pouvez pas faire, pourquoi voulez-vous accéder aux responsabilités ? », l'interroge-t-elle sèchement.

Reste à savoir si ce débat aura permis à la socialiste de gagner des voix chez les indécis et aura un effet sur le vote décisif de dimanche. Pas sûr, répond François Miquet-Marty, directeur des études politiques à l'institut LH2. « Le face-à-face a tourné à vide, à cause d'un excès d'offensives de la part des deux candidats. Ségolène Royal a cherché en vain à piéger Nicolas Sarkozy et à le faire sortir de ses gonds ; Nicolas Sarkozy a cherché en vain à piéger Ségolène Royal sur sa compétence. Au final, les deux se sont neutralisés sans faire déplacer les lignes », estime le politologue.