Doubs: l'UMP opte pour le «ni ni» contre l'avis de Sarkozy, partisan d'une inflexion

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Le président de l'UMP, Nicolas Sarkozy, le 17 janvier 2015 à Paris
Le président de l'UMP, Nicolas Sarkozy, le 17 janvier 2015 à Paris — Lionel Bonaventure AFP

L'UMP a tranché mardi soir en optant de justesse pour le «ni-ni» (ni PS, ni FN) à la législative partielle du Doubs, contre l'avis de son président, Nicolas Sarkozy, qui plaidait pour une inflexion avec un texte appelant à faire clairement barrage au Front national.

Concrètement, le parti d'opposition appelle ses électeurs à exprimer une «double opposition» en «votant blanc ou en s'abstenant» dimanche lors du second tour de la législative partielle dans la 4e circonscription du Doubs, qui oppose Sophie Montel (FN) à Frédéric Barbier (PS), le candidat UMP ayant été éliminé au soir du premier tour.

A l'issue d'un débat «équilibré» de 2h30, cette motion, défendue notamment par le numéro trois Laurent Wauquiez, l'ancien président du parti Jean-François Copé, Xavier Bertrand, Bruno Le Maire, Luc Chatel et Hervé Mariton, l'a emporté par 22 voix contre 19 au texte voulu par Nicolas Sarkozy et qui invitait les électeurs à choisir entre vote pour «le candidat de la majorité», blanc ou l'asbtention. François Fillon, tenant du ni-ni, était absent.

L'ancien chef de l'Etat n'a pas pris part au vote. «Il s'est donné le beau rôle» en présentant les deux textes mais en en n'endossant in fine aucun, a ironisé un tenant du ni-ni.

Pendant le débat, il a cependant clairement exprimé sa préférence pour le texte, de «rassemblement», finalement minoritaire. Cette motion marquait une évolution personnelle vers un barrage net contre le FN quitte à voter PS, selon un participant. Le matin, devant le groupe UMP, il avait déjà fait valoir qu'il fallait dire «non au FN» et que «le ni-ni n'(était) plus possible» car «le FN est passé d'un parti minoritaire à un parti dont la victoire au niveau national n'est plus hypothétique».

«Nicolas Sarkozy a défendu une position qui n'était pas celle qu'il préconisait jusqu'alors (le ni-ni) pour maintenir l'unité du parti en rappelant que l'UMP était l'union de la droite et du centre», position défendue par Alain Juppé, Nathalie Kosciusko-Morizet et Jean-Pierre Raffarin notamment, a souligné un participant au BP. Son rival potentiel pour 2017 Alain Juppé a également salué «les efforts de Nicolas Sarkozy pour trouver une solution de synthèse».

- 'C'est un apostolat, l'unité !' -

Reste qu'en tentant une acrobatique synthèse pour éviter «l'explosion» d'une UMP déchirée, Nicolas Sarkozy n'a pas réussi à dégager une majorité. «C'est un apostolat, l'unité !», a d'ailleurs lâché en riant Nicolas Sarkozy, qui espérait remettre de l'ordre et unifier les voix discordantes au sein du parti dont il a pris les rênes le 29 novembre.

Le président de l'UMP entend bien remettre le débat sur le tapis: «L'UMP doit repenser de fond en comble son projet pour l'adapter à la gravité de la situation», peut-on lire dans le communiqué diffusé après le BP.

M. Sarkozy avait été mis sous pression par Alain Juppé et la numéro deux du parti, Nathalie Kosciusko-Morizet, qui plaidaient pour un vote en faveur du PS. «Juppé aurait dû attendre» et «ne pas diviser», a regretté Nicolas Sarkozy.

L'inflexion voulue par l'ex-chef de l'Etat avait déjà provoqué un certain tumulte devant la réunion du groupe UMP à l'Assemblée nationale, selon des participants. «C'est la réunion de groupe la plus dure à laquelle j'aie jamais assisté», a même affirmé un ancien ministre, pour qui «la position de Sarkozy n'est pas tenable car elle revient à dire +votez PS+».

Mais la proposition de M. Sarkozy est un «progrès» par rapport au «détestable» ni-ni, a au contraire affirmé Dominique Bussereau, qui voterait PS. Selon des participants, le député Jean-Pierre Gorges a d'ailleurs reproché à ce proche de Jean-Pierre Raffarin d'avoir «la même position que l'UDI». «A l'UMP, il y a le centre aussi, connard !», lui a répondu Bussereau.

Le centriste François Bayrou a également déclaré qu'il n'aurait «aucune hésitation» à voter PS.

Ce «ni ni» a les faveurs des sympathisants UMP selon un sondage Ifop-Figaro-LCI: 67% des sympathisants plaident pour le ni-ni, 19% souhaitent que l'UMP appelle à voter PS et 14% que le parti appelle à voter FN.

Cette cacophonie constitue une nouvelle épreuve pour Nicolas Sarkozy, déjà à la peine pour s'imposer comme leader naturel de son camp depuis son retour sur la scène politique.

Elle est intervenue aussi le jour où M. Copé a été mis en examen pour avoir fait régler par son parti les pénalités de M. Sarkozy pour cause de dépassement de ses frais de campagne présidentielle.

Le retour de l'ex-chef de l'Etat «n'a pas empêché les progrès du FN» (plus de 9 points) et «le plus grave, c'est qu'il n'arrive pas à faire parler le parti d'une seule voix», s'agace un ancien ministre.

Le patron du PS Jean-Christophe Cambadélis a salué mardi soir une «avancée républicaine» dans le fait que Nicolas Sarkozy appelle à dire non au FN.

«C'est le grand capharnaüm à l'UMP. Nicolas Sarkozy (...) n'a décidément aucune autorité», s'est délecté Florian Philippot (FN).