Voynet: «On ne fera pas d’écologie sans les écologistes»

PRESIDENTIELLE Entretien exclusif de la candidate des Verts à 20minutes...

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Dominique Voynet, candidate des Verts à la présidentielle, s'est rendue lundi dans la coopérative Lur Berri à Aïcirits pour soutenir le "collectif anti-OGM du pays Basque" qui occupe les locaux depuis vendredi, a constaté un journaliste de l'AFP.
Dominique Voynet, candidate des Verts à la présidentielle, s'est rendue lundi dans la coopérative Lur Berri à Aïcirits pour soutenir le "collectif anti-OGM du pays Basque" qui occupe les locaux depuis vendredi, a constaté un journaliste de l'AFP. — Daniel Velez AFP
PRESIDENTIELLE - Entretien exclusif de la candidate des Verts Dominique Voynet à 20minutes...

Si vous êtes élue, quelles seront vos premières mesures ?

D’abord, suspendre les décisions irresponsables et inutiles, comme l’autorisation de construction du réacteur EPR, les semis d’OGM, les constructions d'autoroutes ou d'incinérateurs. Etendre les 35 heures à toutes les entreprises, et revenir sur les baisses d’impôts qui, depuis 2000, n’ont bénéficié qu’aux contribuables les plus aisés.

Avec quelle équipe ?
C’est une question surréaliste, parce que je ne pense pas que je serai la prochaine présidente de la République. Je veux peser sur les choix qui seront faits par une majorité qui associerait toutes les couleurs et toutes les tendances de la gauche.

Quelles seront vos grandes réformes structurelles ?
J’ai quatre priorités. La première, c’est de répondre au défi écologique et personne n'en parle, personne d’autre ne le fera. Nous devons nous préparer à vivre dans un monde dans lequel le climat aura changé de façon radicale, avec l’obligation de repenser toutes les activités humaines, qu'il s'agisse de se loger, de se nourrir, de se déplacer… On aura demain à Paris la même température qu’à Grenade aujourd'hui : on ne pourra plus construire des immeubles en verre, et en béton, mal isolés… au mépris des normes bioclimatiques. Il faut aussi réduire notre dépendance au pétrole, qui vaudra peut-être aussi cher que le champagne, et le réserver à des usages nobles. La deuxième priorité, c’est de relancer l’Union européenne pour qu’elle puisse jouer son rôle dans la maîtrise de la mondialisation. La troisième concerne les questions sociales. Il y a trop de travailleurs pauvres, et trop de précarité : je veux pénaliser les entreprises qui imposent des temps partiels non choisis, revaloriser les minimas sociaux, et développer l’économie solidaire. Dernier chantier : la démocratie. Je suis pour une VIème République… avec du contenu ! Il faut redonner tout son rôle au Parlement en interdisant le cumul des mandats, en mettant en place la proportionnelle, en remplaçant le Sénat par une chambre des régions et en rendant inéligibles les élus condamnés pour fraude ou corruption.

Que représente concrètement le service public de la petite enfance ?
La situation actuelle est injuste, avec d’un côté des personnes qui peuvent employer quelqu’un pour garder leur enfant à domicile et le déduire de leurs impôts, et de l’autre des dizaines de milliers de femmes qui hésitent à reprendre un emploi et qui se débrouillent. Avec le service public de la petite enfance, les conseils généraux et les communes organisent un bouquet de mode de garde, des crèches, des jardins d’enfants, des crèches parentales... accessibles à tous.

Ça veut dire quoi être Verts aujourd’hui alors que tous les grands partis ont signé le pacte écologique Nicolas Hulot ?
Certains de ceux qui ont signé le pacte seraient bien incapables de dire aujourd'hui ce qu'il y avait dedans ! Il y a une pudeur, même chez les écologistes, à parler de la nature. Et du besoin que nous avons de retrouver ce lien plus vrai avec la nature. Comme s’il était plus facile de parler de l’impact de la pollution sur la santé ou des emplois de l’environnement. L'écologie invente les gestes et les outils qui nous permettront de vivre en paix sur une planète qui nourrisse ses habitants, et qui reste vivable pour ceux qui viendront après nous. Avec, toujours, le souci de prévenir, d'agir en amont sur les conditions de vie plutôt que de se contenter de réparer les dégâts.

On n'a jamais autant parlé d’environnement et les Verts ne décollent pas dans les sondages. Comme l’expliquez-vous ?

D’abord, par la tentation du vote utile. Les gens me disent que je fais une bonne campagne et qu’ils reviendront vers les Verts pour les législatives, mais ils ont peur. Moi, je leur demande si, au premier tour, c’est vraiment utile de voter pour une candidate qui ne prendrait pas en compte le nouvel état du monde et le défi écologique. Ensuite, par le fait que beaucoup de gens, qui savent qu'il va falloir tout changer, ou presque, sont un peu inquiets. C'est un choix de civilisation qu'il nous faut engager.

L’irruption dans la campagne de Hulot a-t-elle été bénéfique ?

Pour l’écologie, je ne sais pas. Quant aux Verts, ils ont été sévèrement bousculés. Et conduits à se remettre en cause. Nous n'avons pas été seulement des lanceurs d'alerte, nous proposons des solutions. Pour moi, les choses sont simples. Si je fais 1%, on aura l’EPR, les OGM, des autoroutes, des incinérateurs. Si je fais 3 à 4%, on pourra discuter. Si je fais mieux, on pourra réorienter au fond un certain nombre de politiques, y compris sur des sujets difficiles comme la dissuasion nucléaire. On ne fera pas d’écologie sans les écologistes. La preuve ? Dans les professions de foi des candidats, il n’y a rien sur l’environnement.

Que faudrait-il pour que vous rejoigniez Royal au second tour ?
Il y a deux choses différentes. La mobilisation pour éviter l’élection d’un candidat brutal et injuste, je pense à Nicolas Sarkozy. Les Verts sont clairs sur cette question ; je note que ce n’est pas toujours le cas à la gauche de la gauche. Et puis il y a la question de la participation à une majorité gouvernementale. Cela suppose d’être d’accord sur des priorités à conduire ensemble. Nous ne serons pas dans une majorité où Ségolène Royal promettrait à la fois plus de nucléaire à Chevènement et moins de nucléaire aux Verts. Il faudra un positionnement clair.

Recueilli par David Carzon