René Rémond, historien de la droite, est mort

DISPARITION L'historien et politologue français René Rémond, décédé samedi à l'âge de 88 ans à Paris, était un pilier de l'histoire contemporaine et de la science politique...

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L'historien René Rémond, président de la Fondation des Sciences politiques, estime que la crise du CPE traduit "l'absence de culture de négociation" et considère qu'étudiants et lycéens veulent "faire perdre la face" au gouvernement qui ne peut l'accepter.
L'historien René Rémond, président de la Fondation des Sciences politiques, estime que la crise du CPE traduit "l'absence de culture de négociation" et considère qu'étudiants et lycéens veulent "faire perdre la face" au gouvernement qui ne peut l'accepter. — Joël Robine AFP/Archives

L'historien et politologue français René Rémond, décédé samedi à l'âge de 88 ans à Paris, était un pilier de l'histoire contemporaine et de la science politique, auteur de dizaines d'ouvrages dont «La droite en France», un grand classique.

De 1981 à fin janvier 2007, il a présidé la Fondation nationale des sciences politiques. Il avait été élu à l'Académie française en juin 1988 au fauteuil de François Furet, historien de la Révolution française.

René Rémond, qui a longtemps enseigné à l'Institut d'études politiques de Paris, a présidé de 1971 à 76 l'Université Paris X-Nanterre, où il a enseigné jusqu'à la fin de sa carrière active en 1986. Il fut également le premier vice-président de la conférence des présidents d'Université en 1974-1975.

Le grand public l'a découvert grâce aux soirées électorales à la télévision, où il aimait venir commenter l'actualité politique.

Passionné par le mouvement des idées, l'opinion, la politique et la vie religieuse, il s'est fait connaître par son ouvrage devenu un classique tant chez les politiques que chez les historiens, "La droite en France" de 1815 à la Ve République, réédité de nombreuses fois.

Il y dresse une typologie des courants de la droite française en trois familles: la droite orléaniste (libérale), la droite légitimiste (réactionnaire) et la droite bonapartiste (autoritaire).

Né le 30 septembre 1918 à Lons-le-Saunier (Jura), René Rémond est ancien élève de l'Ecole normale supérieure et agrégé d'histoire.

Enseignant à Sciences-Po dès 1947, il est assistant à la Sorbonne en 1949, puis à la faculté des Lettres de Clermont-Ferrand, avant de devenir directeur d'études et de recherche à la Fondation nationale des Sciences politiques en 1956.

A partir des années soixante, l'universitaire multiplie les activités: présidence du Centre catholique des intellectuels français (1965-1975), de l'Institut d'histoire du temps présent (1979-1990), de la Fondation nationale des sciences politiques à partir de 1981, du Conseil supérieur des Archives depuis 1988.

Il a été en outre président du jury d'agrégation d'histoire, et membre du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) de 1975 à 1979.

René Rémond est l'une des grandes figures du renouveau de l'histoire politique, qu'il a voulu rapprocher de la science politique, une démarche décriée par certains historiens, dont ceux des Annales. «Grâce à vous l'histoire politique jouit désormais d'une véritable autonomie et a conquis ses lettres de noblesse», lui avait déclaré Hélène Carrère d'Encausse lors de son élection à l'Académie.

Il a également mené des expertises, présidant la commission d'historiens sur les relations entre Touvier (ancien dirigeant de la Milice à Lyon pendant l'occupation) et l'Eglise (1992), et celle chargée d'un rapport (1996) sur l'origine du fichier des Juifs découvert en 1991.

Il a publié une trentaine d'ouvrages parmi lesquels: "L'anticléricalisme en France de 1815 à nos jours" (1976), "la Vie politique en France" (1964), "Introduction à l'histoire de notre temps" (1974), "Age et politique" (1991), "la Politique n'est plus ce qu'elle était" (1993)...

Titulaire de nombreux prix, Commandeur de la Légion d'Honneur, René Rémond a reçu le Grand prix national d'Histoire (1988).

Atteint d'une maladie qui n'a pas été précisée, il s'est éteint dans la nuit de vendredi à samedi à l'hôpital Cochin.