Raymond Barre, populaire coûte que coûte

DISPARITION L'ex-Premier ministre de VGE est décédé...

Catherine Fournier

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John Schults / Reuters

«Barzi» s’est éteint. Raymond Barre, incarné pendant dix ans par l’ours en peluche du «Bébête Show», est décédé samedi à l'hôpital du Val de Grâce à Paris. A 83 ans, l’ancien Premier ministre de Valéry Giscard d’Estaing (UDF) n’avait rien perdu de sa popularité, incarnant le seul homme politique français à avoir fait carrière sans appartenir à un parti.

«Lobby juif»

Son image avait toutefois été ternie par sa dernière sortie médiatique, en mars dernier. Sur France Culture, Raymond Barre avait vanté les mérites de Maurice Papon, «grand commis de l'Etat» doublé d'un «bouc émissaire» et de Bruno Gollnisch (FN), condamné pour négationnisme en janvier 2007. Au passage, ce natif de la Réunion avait mis sur le compte du «lobby juif» des attaques dont il avait fait l'objet en 1980. A l’époque, Raymond Barre avait déclaré que l'attentat de la rue Copernic, qui «voulait frapper les Juifs» avait «frappé des Français innocents qui traversaient la rue».

En 1988, le candidat à la présidentielle dénonçait pourtant «les tentations du racisme et de la xénophobie» au lendemain du premier tour, auquel il avait obtenu 16,5% des voix. Donné favori par beaucoup de sondages, l’élu centriste a été victime d'une véritable entreprise de démolition de la part du camp de Jacques Chirac et notamment de son lieutenant, Charles Pasqua.

Le souvenir de ses cinq années difficiles au poste de Premier ministre a fait le reste. Entre 1976 et 1981, «l’homme carré dans un corps rond» tente de sortir la France du marasme en menant une politique d’austérité économique. Mais le chômage et l’inflation se renforcent. Raymond Barre doit mener la dure restructuration du secteur sidérurgique: des dizaines de milliers d’emplois sont supprimés, les ouvriers plongent dans le désespoir. «Le meilleur économiste de France», selon Valéry Giscard d’Estaing, n’a pas su relever l’économie française. Il parvient tout de même à garder plusieurs décennies son mandat de député de Lyon. Et François Mitterrand lui rendra hommage, le qualifiant de «véritable homme d'Etat».

Case créole

Né le 12 avril 1924 à Saint-Denis de la Réunion, Raymond Barre a passé son enfance dans une imposante case créole autrefois habitée par le poète Léon Dierx. Il part étudier à Paris en 1946, où il décroche une agrégation de droit et de sciences économiques et un diplôme de Sciences Po. Après quelques années d’enseignement, il entre en politique en 1959, comme directeur de cabinet de Jean-Marcel Jeanneney, ministre de l’Industrie. Au cours de sa longue carrière, il occupera de nombreux postes: vice-président de la Commission européenne (1967-1973), ministre du Commerce extérieur (1976), Premier ministre (1976 à 1981), député du Rhône (1978-2002), maire de Lyon (1995-2001)...

Raymond Barre s'était retiré de la vie politique en juin 2002. Depuis, il vivait dans sa villa sur les hauteurs de Saint-Jean-Cap-Ferrat, avec son épouse d’origine hongroise Eva Hegedüs. En 2006, il avait publié aux éditions Fayard «L'Expérience du pouvoir», un livre dans lequel il revenait sur ses rapports avec les présidents de la République qu'il a bien connus: Giscard, Mitterrand et Chirac.