La lave coule à La Réunion

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Les Réunionnais attendaient samedi sans inquiétude excessive, mais avec une certaine appréhension, le passage au plus près de l'île, dans la nuit de samedi à dimanche, du cyclone tropical Gamède, qualifié de "menace cyclonique la plus sérieuse depuis trois ans", par Météo-France.
Les Réunionnais attendaient samedi sans inquiétude excessive, mais avec une certaine appréhension, le passage au plus près de l'île, dans la nuit de samedi à dimanche, du cyclone tropical Gamède, qualifié de "menace cyclonique la plus sérieuse depuis trois ans", par Météo-France. — Richard Bouchet AFP/Archives

Débit de lave «colossal», magma projeté à plus de 200 mètres de haut, séismes à répétition, lave dévalant la montagne à grande vitesse: pour les spécialistes, l'éruption du Piton de la Fournaise, à La Réunion, est d'une intensité exceptionnelle. Cependant, à cette heure, elle ne menace pas la population.

Vendredi, craignant l'arrivée d'une coulée dans le village du Tremblet, à Saint-Philippe (sud-est de l'île), une centaine d'habitants avaient été évacués en milieu d'après-midi, avant d'être autorisés, deux heures plus tard, à regagner leur domicile.

Ce que des témoins croyaient être de la lave se dirigeant vers le village n'était qu'un incendie provoqué dans la forêt primaire par des projections de cendres brûlantes. Bon nombre d'habitants ont toutefois préféré ne pas rentrer chez eux, le grondement sourd de l'éruption, associé aux explosions des fontaines de lave et à la lueur rougeâtre du ciel, les incitant à rester à l'abri dans des centres d'hébergement ou chez des proches.

Huit habitations du village, situé à quelques centaines de mètres de la zone de l'éruption, avaient été détruites par une coulée en mars 1986. «Ce n'est plus un volcan, c'est un monstre», confiait un villageois pourtant habitué à vivre à côté de ces coulées qui, à plusieurs reprises ces dernières années, ont coupé la route nationale n°2 menant au hameau où vivent 200 familles.

«Du jamais vu», titrait samedi le «Quotidien de la Réunion» sur toute sa Une, tandis que le «Journal de l'île de la Réunion» annonçait en gros caractères: «Le volcan s'effondre». Il faisait ainsi allusion à l'affaissement du Dolomieu, un des deux principaux cônes du Piton de la Fournaise, s'élevant à plus de 2.600 mètres d'altitude dans la Plaine des Cafres, mais éloigné de plusieurs kilomètres de la faille ouverte il y a dix jours et par où s'écoule la lave.

De nombreux séismes de magnitude supérieure à 3 avaient été enregistrés sous le volcan ces derniers jours, du jamais vu depuis la création de l'Observatoire, il y une vingtaine d'années, selon un sismologue. «Sur 100 mètres de diamètre et 150 mètres de profondeur», des parois du volcan se sont effondrées, à la suite d'un «effet de vidange», selon le directeur de l'Observatoire volcanologique, Thomas Staudacher.

Il a qualifié de «colossal» le débit de la lave --3 millions de m3 par jour-- sortie depuis lundi à 500 mètres de la route nationale, coupée sur près de 2 km par des torrents de magma qui se dirigent vers la mer à plus de 60 km/h. Une lave «fluide comme l'eau» et dont le spectacle, d'une «infernale beauté», selon un touriste belge, a ravi des milliers de badauds qui se sont rendus sur place.

Au contact de l'eau, la lave a provoqué un immense nuage de gaz volcanique qui a recouvert plusieurs régions de l'île, mais sans présenter de danger pour la population. L'Observatoire régional de l'air a enregistré des taux de dioxyde de soufre de l'ordre de 300 microgrammes par m3, alors que le seuil d'alerte se situe à 800.

Samedi matin, une mince couche de cendres recouvrait plusieurs quartiers de Saint-André, dans l'est de l'île, alors que l'éruption montrait des signes d'affaiblissement, tout en restant active. «Elle pourrait durer encore plusieurs jours, mais pas des semaines», a estimé le directeur de l'Observatoire volcanologique.