La campagne sera-t-elle perturbée par la grève à Clear Channel?

Pierre Koetschet

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Fini le temps des "colleurs" bénévoles: de Le Pen à Laguiller, les affiches officielles des candidats à la présidentielle seront collées par la même entreprise, le groupe américain Clear Channel, numéro 1 mondial de l'affichage publicitaire, le tout aux frais de l'Etat.
Fini le temps des "colleurs" bénévoles: de Le Pen à Laguiller, les affiches officielles des candidats à la présidentielle seront collées par la même entreprise, le groupe américain Clear Channel, numéro 1 mondial de l'affichage publicitaire, le tout aux frais de l'Etat. — Mychele Daniau AFP

Plusieurs sites du groupe américain Clear Channel, chargé de l'affichage officiel de la campagne présidentielle dans toute la France, étaient bloqués mercredi par des salariés grévistes pour la troisième journée consécutive. Des négociations ont débuté avec la direction, sans résultats pour l’instant.

Pourquoi une grève?
Le conflit a débuté lundi. Les grévistes réclament une augmentation de 200 euros pour les salaires inférieurs à 1.600 euros mensuels. Les syndicalistes jurent que cela n’a rien à voir avec les élections. «C’est un hasard si la négociation salariale s’est achevée la semaine dernière», explique Pascal Lefèvre, de la CGT. La période offre néanmoins une caisse de résonance très importante pour les revendications des grévistes.

Pourquoi l’affichage électoral est confié à un groupe privé?

C’est une nouveauté de cette campagne. Les douze candidats ont dû signer une «subrogation» qui délègue l’affichage à Clear Channel. Les factures seront réglées par les préfectures au tarif unique de 2 euros pour une grande affiche, et un euro pour une petite, ce qui devrait rapporter 3 millions d’euros à Clear Channel.

Quelle issue pour le conflit?
Pour l’instant, il n’y en a pas. La direction de l’entreprise souligne qu’il n’y a qu’une cinquantaine de grévistes qui bloquent 1.800 employés. Les syndicats soulignent qu’ils n’ont pas l’intention de perturber les élections, mais qu’ils sont déterminés. «L'objectif n'est pas de bloquer la campagne, mais bien d'obtenir une augmentation. Aujourd'hui, les gens ne peuvent plus vivre, plus se loger, avec ces bas salaires. Il faut que la politique sur les bas salaires changent», explique José Ferreira, délégué CGT chez Clear Channel.

Le déroulement des élections est-il menacé?
Non, répond la direction, qui assure avoir «déjà tout mis en oeuvre afin de garantir l'affichage officiel pour les quelques endroits potentiellement menacés.» Selon Clear Channel, les affiches seront posées lundi, début de la campagne officielle. Les syndicats en sont beaucoup moins sûrs. Pour autant, la direction explique que dans le cas où l’affichage ne pourrait pas être assuré lundi, cela ne remettrait pas en cause le bon déroulement des élections: «Le code électoral dit que l’affichage doit avoir lieu entre le 9 et le 21 avril au soir, et nous ne sommes pas encore à cette période, explique Philippe Jay, qui supervise les élections chez Clear Channel. Et même s’il n’y avait pas d’affiches, comme Clear Channel est chargé de l’affichage de tous les candidats, il y aura toujours une équité. S’ils affichent, ils affichent les douze candidats, pas onze ou trois.»