«Les chauffeurs vont là où la police ne va même plus»

PRESIDENTIELLE La campagne vue par Cédric Teissier et ses collègues, conducteurs de bus à la Régie des transports marseillais...

A Marseille, Stéphanie Harounyan

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Terminus Gambetta, c'est l'heure de la pause. Dans le préfabriqué qui sert de salle de repos aux chauffeurs de bus, « installé provisoirement depuis trois ans », Cédric Teissier attend sa prochaine tournée, entre le centre-ville et les quartiers nord de Marseille. « Les élections ? Je ne m'y intéresse pas, tranche-t-il, jovial. Tous les cinq ans, c'est le même scénario : des promesses. »A 28 ans, Cédric n'a pourtant qu'une présidentielle à son actif d'électeur. Suffisamment pour le décourager : « Chirac avait fait des promesses sur la délinquance, mais ça ne s'est pas amélioré. » Un sujet qu'il maîtrise, puisqu'avant son entrée à la RTM (Régie des transports marseillais), en 2001, il officiait comme adjoint de sécurité. « Les chauffeurs vont là où la police ne va même plus, assure-t-il. Et la situation continue à se dégrader. Déjà, le bonjour en entrant dans le bus n'existe plus. Et il y a beaucoup d'incivilités, de provoc. En France, on régresse : c'est le plus fort qui gagne, la loi de la jungle ! » Dans le local, les collègues acquiescent. « Tous les jours, un collègue se fait agresser ou insulter par des clients ou des automobilistes, raconte l'un d'eux. Sarkozy promet des choses qu'il ne pourra jamais appliquer. » L'équipe n'accorde pas plus de crédit aux promesses d'un smic à 1 500 €. « On a fait le calcul pour la RTM, reprend Cédric. Ça nous ferait 1 900 € brut, au lieu de 1 500 actuellement. Ça reviendrait trop cher aux patrons. » Sa retraite ? « Je ne préfère pas y penser... »Et l'avenir, en général ? « Je ne le vois pas rose du tout. Faut plus fumer, plus boire, plus manger gras... Tout est interdit ! » Mais alors, on est foutu ? « Une révolution, voilà ce qu'il faudrait, se marre le jeune homme. Bien sûr que je descendrais dans la rue, je prendrais même un bus pour charger les collègues ! » En attendant, Cédric ira tout de même voter. « J'ai déjà ma petite idée », promet-il. Fin de la pause.