Qui veut la peau des débats politiques ?

CAMPAGNE Bayrou, Le Pen, Royal et Sarkozy ne s’affronteront pas sur un plateau télé… Reste le Web

Raphaëlle Baillot

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C'est presque une certitude : il n'y aura pas de débat télévisé entre les gros poissons de l'élection avant le premier tour du 22 avril. Ségolène Royal, François Bayrou et Jean-Marie Le Pen ont beau jeu de répéter qu'ils veulent engager la joute cathodique. Le trio connaît l'équation : tant que l'un (en l'occurrence, Nicolas Sarkozy) refuse de participer, aucune chaîne ne peut coordonner le débat. « Il faut se rendre compte que certains appellent à des émissions sachant pertinemment qu'elles n'auront pas lieu », martèle Arlette Chabot, directrice de l'information de France 2. Effet mécanique, car depuis le 20 mars, télévisions et radios sont soumises à la règle complexe de l'égalité.« Cela veut dire que deux minutes trente de Sarkozy égale obligatoirement deux minutes trente de Bové, et cætera jusqu'à la liste des douze », explicite le CSA. Si un seul prétendant manque à la discussion contradictoire, il faut donc se débrouiller pour lui donner ailleurs le même temps de parole qu'aux autres. Un casse-tête ! « La seule possibilité de mettre une confrontation à l'antenne aurait été que les douze donnent un accord ferme en même temps. Or, on ne peut pas prendre les hommes politiques par le col et les forcer à s'installer en rond autour d'un plateau », plaide Gilles Leclerc, chef du service politique de France 2, qui jure que « les courriers et les appels ont été multipliés ». Peine perdue.Reste l'hypothèse d'un débat organisé sur Internet, lancée mardi par Bayrou, et reprise par Royal et Le Pen : exit les contraintes de temps de parole du CSA, pas compétent sur le Web. Et pas de problème pour trouver des diffuseurs de bonne volonté, dont www.20minutes.fr. Mais là aussi, Sarkozy rechigne : la possibilité d'un débat à quatre tombe encore à l'eau. La situation frôle l'absurde. « Il faudra bien, un jour, que quelqu'un dise que l'on est la seule démocratie au monde où les règles du jeu empêchent la confrontation », admet Arlette Chabot.