La pucelle était une momie

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Une statue équestre de Jeanne d'Arc a été érigée en 1922 dans un parc de Washington. Copie de celle située à côté de la cathédrale de Reims, elle a été offerte par les femmes de France aux femmes d'Amérique.
Une statue équestre de Jeanne d'Arc a été érigée en 1922 dans un parc de Washington. Copie de celle située à côté de la cathédrale de Reims, elle a été offerte par les femmes de France aux femmes d'Amérique. — Tim Sloan AFP

La légende est grillée. Les restes présumés de Jeanne d'Arc, conservés à Chinon, en Indre-et-Loire, sont en fait des fragments d'une momie égyptienne, révèle une étude à paraître jeudi dans la revue britannique «Nature».
    
«Les reliques de sainte Jeanne d'Arc ne sont pas les restes de l'héroïne française du XVe siècle mais un faux, réalisé avec des morceaux d'une momie égyptienne», indique cet article qui cite notamment le docteur Philippe Charlier, médecin légiste à l'hôpital Raymond-Poincaré de Garches (Hauts-de-Seine).
    
Des fragments de côte humaine apparemment brûlée, mélangés à des bouts de bois et de tissu et du pollen de pin avaient été présentés, en 1867, comme appartenant à la combattante médiévale.

Pourquoi une momie?

Le docteur Charlier a été mis sur la piste d'une momie grâce à plusieurs examens très originaux. Des «nez» de grands parfumeurs (Guerlain et Jean Patou) ont décelé une odeur de vanille. Or ce parfum est produit par «la décomposition d'un corps», comme dans le cas d'une momification, pas par sa crémation, souligne Philippe Charlier dans «Nature».
    
Une analyse microscopique et chimique du fragment de côte a montré par ailleurs qu'il n'avait pas été brûlé, mais imprégné d'un «produit végétal et minéral» de couleur noire. Le tissu de lin, quant à lui, a les caractéristiques de celui utilisé par les Egyptiens pour envelopper les momies.

Le verdict du carbone 14
   
Autre piste: il n'y avait pas de pins en Normandie à l'époque de la mort de Jeanne d'Arc, le pollen trouvé dans les reliques provient donc d’ailleurs. La résine de pin était utilisée en revanche en Egypte pour l'embaumement.
    
Enfin, une étude au carbone 14 a daté les restes entre le 6e et le 3e siècle avant notre ère, et un examen spectrométrique des os a montré qu'ils correspondaient aux momies égyptiennes de cette période et non pas à des os brûlés.

Même pas mal
 
Le diocèse de Tours a tenu à rappeler que les fragments n'ont jamais été considérés «comme des reliques par l'église». «L'église, le diocèse et la paroisse qui en étaient propriétaires s'en désintéressaient depuis des années. Ils n'ont jamais fait l'objet d'une quelconque dévotion».