«Vital pour la culture et les citoyens»

Propos recueillis par Philippe Berry

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Mercredi, une cinquantaine d’organisations d’auteurs, éditeurs, interprètes, producteurs ont lancé une opération pour défendre le droit à la copie privée et surtout le fonds qu’elle alimente. Pour Aziz Ridouan, président de l’Association des Audionautes, qui représente des usagers de l’Internet, il s’agit «de se battre pour un système qui a fait ses preuves».

Pourquoi les Audionautes se sont-ils engagés dans cette opération «défendons la copie privée»?
D’abord parce que le droit à la copie privé est un droit citoyen qui permet de faire une copie légitime, par exemple d’un CD acheté. Mais surtout, la redevance que chacun paie sur les CD ou les DVD vierges permet d’alimenter le fonds copie privée, vital pour la création culturelle. Sans lui, des Diam’s et des Bénébar n’auraient jamais pu se lancer. C’est un système qui a fait ses preuves.

Les Dell, Sony ou HP demandent-ils à l’UE de supprimer le droit à la copie privée ou simplement la taxe sur leur matériel?
Les deux, indirectement. Leur cible principale, c’est la taxe. Mais ils veulent généraliser les DRM (Digital Right Management), qui au final empêchent ou entravent le droit à la copie privée. Imaginez un livre que vous achèteriez avec des cadenas vous empêchant de le prêter à vos amis.

Dans cette opération, vous travaillez avec la Sacem. D’habitude, vous la combattez dans les procès qu’elle intente aux internautes qui téléchargent illégalement…
Nous n’avions aucun problème à travailler avec eux, tant que le cadre était bien défini. Sur la copie privée, il y a un large consensus. Et c’est donnant donnant: tout le monde a accepté de défendre la redevance mais aussi de s’opposer aux DRM.

Consensus sur la copie privée mais des tensions semblent persister sur la licence globale...
Tous les acteurs s’étaient mis d’accord pour ne pas aborder le thème de la licence globale lors de la conférence de mercredi. Malheureusement, certains n’ont pas pu se retenir. Mais il faut bien voir que les positions évoluent. Face à la politique répressive prônée par le ministre de la Culture à l’époque des débats sur la loi sur le droit d’auteur, nous militions pour la licence globale, pour apporter un certain équilibre. Mais nous réclamions surtout des solutions viables pour les utilisateurs et les artistes. Et un vent nouveau souffle grâce aux débats initiés en France: Steve Jobs appelle à abandonner les DRM, des plateformes de P2P gratuites, financées, par la publicité. Idem pour les séries américaines, disponibles sur ABC au lendemain de leur diffusion, avec 4 ou 5 pages de pub intercalées. Un vrai modèle économique se met en place, grâce auquel tout le monde, artistes et public, y gagnera.