Gare du Nord : neuf personnes déférées, deux gardes-à-vue prolongées

Michaël Hajdenberg et Alexandre Sulzer

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Aux cris de "Sarkozy, enc...!", "Police partout, justice nulle part!" ou "A bas l'Etat, les flics et les patrons !", les jeunes émeutiers avaient insulté policiers et gendarmes, dont certains en tenue anti-émeute.
Aux cris de "Sarkozy, enc...!", "Police partout, justice nulle part!" ou "A bas l'Etat, les flics et les patrons !", les jeunes émeutiers avaient insulté policiers et gendarmes, dont certains en tenue anti-émeute. — Jacques Demarthon AFP

Sur les 13 personnes interpellées mardi soir lors des incidents à la gare du Nord, à Paris, neuf devaient être déférées devant la justice alors que la garde à vue de deux autres a été prolongée mercredi soir, selon la préfecture de police.

Les personnes interpellées devront répondre de violences sur agents de la force publique, de dégradations de biens publics et de biens privés, et de vols en réunion, selon la même source.

Lors de ces incidents, quatre employés de la SNCF, quatre de la RATP et un gardien de la paix ont été légèrement blessés. Plusieurs vitrines de la galerie marchande ont également été brisées. Retour sur les faits.

Que s’est-il passé à l’origine ?


Tout part d’un simple contrôle de billet. Il est moins de 17h quand un homme fraude au tourniquet qui donne accès à la ligne 5 du métro à la station Gare du Nord. Qui est cet homme ? Selon la police, il aurait 32 ou 33 ans, et selon le nouveau ministre de l’intérieur François Baroin, il s’agirait d’un immigré sans-papiers «très défavorablement connu des services de police puisqu'il a vingt-deux affaires signalées». Mais ce n’est pas le bruit qui court en cette fin d’après-midi. Selon plusieurs témoins, qui certifient avoir assisté à l’altercation, ce serait un jeune de 14-15 ans qui aurait fraudé, après avoir préalablement tenté de passer normalement avec un ticket qui ne marchait pas ». Rattrapé par des agents de sécurité, il s’en suit un rapide échange. Selon la police, l’homme aurait mis des coups. Selon des témoins qui n’ont pas entendu les termes de l’échange verbal, le jeune homme aurait été mis au sol, menotté, puis traîné à terre. Il pourrait être présenté dès mercredi en comparution immédiate.

Pourquoi cela a-t-il dégénéré ?


L’homme contrôlé n’était pas en bande, il était seul. Mais des passants, choqués, tentent d’intervenir, demandent à ce qu’il soit relâché. «On ne frappe pas quelqu’un qui a été maîtrisé. Et encore moins pour un simple ticket !» racontera Davie, une jeune fille de 20 ans. Une femme plus âgée, qui tente de s’interposer sur le moment, aurait alors été gazée au visage de très près, selon plusieurs témoins de la scène. Un groupe se constitue pendant que le resquilleur est conduit dans un local de la RATP. «Il lui ont cassé le bras, certifie Jacques qui était sur les lieux. Le bras était déformé. Ou alors c’est un contorsionniste !».

Comment l’affrontement s’amplifie ?

De plus en plus nombreux, les jeunes présents, qui alertent leurs amis par portable, campent devant le local. La police s’organise mais tout le long du niveau -2 de la gare, où s’est déroulé l’incident, et où l’on compte de nombreux magasins, les jeunes s’éparpillent par bandes. Insultés, chahutés, puis bientôt visés par des projectiles divers (canettes, terre des pots de fleurs, barrières arrachées), les policiers semblent tenter d’éviter l’affrontement direct.

Pourquoi la police ne parvient pas à calmer la situation ?

Le niveau -2 compte 36 escaliers, 15 escalators, des accès à trois lignes de métro, au RER, aux trains grandes lignes : dans ce labyrinthe, les policiers ne savent comment bloquer les jeunes. Et des milliers de voyageurs continuent de traverser les lieux pour pouvoir accéder à leur train et rentrer chez eux. Ils semblent espérer que le mouvement s’arrête et que les jeunes se dispersent d’eux-mêmes. Mais beaucoup crient leur haine de Sarkozy, de la police, du traitement réservé aux jeunes de banlieues lors des « innombrables contrôles d’identité ».

Comment en arrive-t-on à autant de casse ?

Petit à petit, la tension monte. Vers 20h, restent et arrivent ceux qui ont vraiment envie d’en découdre. Parmi eux, des adolescents et beaucoup de jeunes filles. Les vitres de distributeurs et d’affiches publicitaires sont cassées. Des feux à base de cartons ou journaux allumés. Puis, à l’aide de rampes ou de barres arrachées, deux ou trois jeunes, qui ne cachent pas leur visage, tentent de briser une vitrine d’un magasin de sacs. N’y parvenant pas, ils se replient sur le magasin «Foot Locker». L’alarme sonne, les policiers sont à quelques mètres, mais n’interviennent pas. Le store de la boutique est cassé à son tour et plusieurs dizaines de jeunes s’emparent du butin : des baskets dans des boites en carton vites enfouies dans leurs sacs à dos. Quand la police se décide à charger, le jeu du chat et de la souris recommence. Mais sans stratégie établie.

Comment se solde la situation ?


Vers 21h30, la police utilise de plus en plus les gaz, qui font fuir les badauds qui assistaient au « spectacle ». Alors que la station est fermée pour les lignes 4 et 5 depuis un bon moment, le trafic RER est toujours assuré. Finalement, il est interrompu vers 23h, et les policiers parviennent à isoler les jeunes dans un coin de la gare puis à les faire péniblement remonter vers la sortie. 13 d’entre eux sont interpellés dans la soirée. Devant la gare, vers minuit, la foule se disperse rapidement.

Quelle est la situation mercredi?


Tout semble être rentré dans l'ordre avec un trafic normal à la gare du Nord. Les traces des violences ont été en partie nettoyées durant la nuit.

Un tel incident était-il prévisible?


Le syndicat de policiers UNSA-Police avait dénoncé la semaine dernière des directives de la Direction départementale de la Séccurité Publique de l'Essonne qui demandaient aux forces de l'ordre de ne «pas faire de contrôles d'identité dans les gares. «La Sécurité départementale avait anticipé ce qui s'est produit mardi soir ou avait été confronté aux mêmes types d'incidents», glisse à 20minutes.fr Marc Gautron, secrétaire national de l'UNSA-Police. «A l'approche des élections, le climat est fébrile sur le terrain», reconnaît-il bien que le nombre d'incidents n'ait pas sensiblement augmenté.

Comme les commentaires devenaient de plus en plus insultants, nous avons dû fermer l'option permettant d'intervenir...

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