«On vit au camping donc on ne compte pas»

PRESIDENTIELLE La campagne vue par des familles installées dans des mobil-homes et des caravanes...

A Diémioz (Isère), Elisa Frisullo

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Ils ne connaissent que leur campagne, « la vraie », où depuis près de dix ans, ils se sont installés, à deux pas du centre de Diémoz (2 231 habitants), en Isère. A un mois de l'élection présidentielle, les petits propriétaires du camping les Bruyères, résidents à l'année sur un terrain parsemé de mobil-homes, ne croient plus en rien. Surtout plus en la politique qui, depuis longtemps, semble les avoir abandonnés à leur pénible quotidien.« On vit dans un camping, donc on ne compte pas, tout le monde nous oublie, alors la campagne présidentielle... », peste Christiane, qui depuis huit ans s'est aménagé un tranquille petit coin de vie à la lisière de la forêt de sapins et de l'étang qui bordent le camping. Tout ce qu'elle possède aujourd'hui, un mobil-home, une caravane, trois chats et un chien, est ici. « Et depuis septembre, on veut tout nous enlever », poursuit cette RMiste, menacée d'expulsion, comme la douzaine d'autres familles restées aux Bruyères, par le propriétaire des lieux. Ce dernier s'est engagé il y a quelques mois déjà à vendre le terrain vierge à un acquéreur en vue de le transformer en base de loisirs.Un départ forcé que les campeurs, des travailleurs pour la plupart, refusent. « Au début, nous étions contraints de venir ici parce que nous ne pouvions plus supporter le prix des loyers. Maintenant, c'est un choix de vie », souligne Pierre, 41 ans, cariste à Saint-Quentin-de-Fallavier. « Je préfère vivre ici en pleine nature plutôt que dans une cité HLM où chaque nuit des voitures crament au bas des immeubles », poursuit ce père de trois enfants, désabusé par les politiques.Lorsque les menaces ont commencé à peser sur le camping, les douze familles, composées d'une quinzaine d'enfants, ont interpellé, avec l'aide de l'Association pour le droit au logement et à la consommation, tous les candidats à la présidentielle. Personne n'a bougé. « Ils nous considèrent comme des SDF alors qu'on travaille, que nos enfants sont scolarisés », ajoute Laetitia, employée dans une usine. « On vote même ici et nous ne sommes toujours pas considérés comme des résidents de Diémoz », renchérit Christiane, dont le bulletin de vote sera un énième appel à l'aide et au changement. « Moi, c'est clair, c'est Le Pen, explique cette énergique quinquagénaire. C'est le seul qui veuille faire changer les choses et aider les Français comme nous. » A ses côtés, attablé dans son coquet mobil-home, acheté 5 000 €, Pierre souffle : « Que ce soit Sarkozy, Royal ou le Pen... Tout ce que je veux, c'est qu'on nous laisse tranquille. » Le 22 avril, ces familles des Bruyères se rendront aux urnes, avec l'espoir que, demain, les « 80 000 à 120 000 campeurs » à l'année auront enfin leur place dans la société.