Eric Besson : «La démocratie participative est une mascarade»

INTERVIEW L’ancien responsable socialiste, qui a démissionné en février, publie un texte à charge contre Ségolène Royal

Recueilli par Bastien Bonnefous

— 

Eric Besson. Auteur de Qui connaît Madame Royal ? (Grasset).

Vous avez quitté le PS, qu’allez-vous faire maintenant ?

Je vais retourner dans le monde de l'entreprise, tout en restant maire de Donzère, sans étiquette. Je voterai le 22 avril, mais sans prendre position pour un candidat. J'ai eu des contacts avec François Bayrou et Nicolas Sarkozy après ma démission. Ils m'ont demandé ce que je comptais faire, je leur ai dit que je retourne dans le privé. Je ne leur ai rien demandé, ils ne m'ont rien proposé.

Etes-vous désenchanté de la politique ?

Non, cela reste à mes yeux le plus noble des métiers. Mais quand votre parti porte des méthodes et une candidate auxquelles vous n'adhérez pas, vous êtes tiraillé entre solidarité collective et conviction personnelle. J'ai choisi.

Pourquoi ne croyez-vous pas à la démocratie participative de Ségolène Royal ?

Telle qu'elle l'a mise en oeuvre, c'est une mascarade. Si la démocratie participative, c'est de dire « consultons nos concitoyens », moi qui suis maire, j'en fais sans le savoir depuis douze ans. Mais si c'est dire aux Français : « donnez-moi les solutions et je vais les mettre en oeuvre », c'est de la démagogie. Ce ne sont pas les militants qui ont rédigé les 100 propositions du pacte de Ségolène Royal. Dire le contraire est mensonger.

Ce n’est pas non plus le PS ?

Le PS avait ses propositions, mais Ségolène Royal a arbitré seule avec quelques conseillers, sans débat au sein du parti.

Y a-t-il d’autres Eric Besson au PS ?

Je ne crois pas qu'il y ait d'autres responsables prêts à claquer la porte, mais le malaise d'une partie des dirigeants est palpable. Ségolène Royal en joue d'ailleurs. Le sort qu'elle fait subir à ceux qu'elle nomme les éléphants est indigne humainement et irresponsable politiquement. Elle ne peut pas les appeler au secours quand ça va mal et les mettre au placard quand elle estime que ça va mieux.

Comment voyez-vous l’avenir du PS ?

Si Ségolène Royal perd, je parie qu'au congrès qui suivra la défaite quantité de choses que je dis ressortiront. Le PS devra alors assumer ou pas d'être un parti social-démocrate, réformiste, au lieu de se réfugier dans de faux discours anti-capitalistes. Si Royal gagne, on verra vite si j'ai raison. Mais je pense que Sarkozy ou Bayrou sont plus à même de diriger notre pays.