Le débat continue sur le BCG

SANTE Malgré les appels des scientifiques et l'inquiétude des parents, l'Etat refuse de ...

Clémence Lemaistre
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Lycéens bravaches ou écoliers intimidés ont tendu lundi leur épaule aux médecins qui ont engagé une vaste campagne de vaccination contre la méningite de type C visant 80.000 jeunes en Haute-Vienne où six cas, dont deux mortels, ont été recensés depuis le début de l'année.
Lycéens bravaches ou écoliers intimidés ont tendu lundi leur épaule aux médecins qui ont engagé une vaste campagne de vaccination contre la méningite de type C visant 80.000 jeunes en Haute-Vienne où six cas, dont deux mortels, ont été recensés depuis le début de l'année. — Antoine Parat AFP

Ce n’est pas encore aujourd’hui qu’une décision sera prise sur le retrait ou non du BCG, le vaccin contre la tuberculose. La sénatrice du Nord Marie-Christine Blandin et le député du Loiret Jean-Pierre Door ont en effet refusé de trancher sur ce débat, en rendant, mardi, leur rapport sur la question. 


Cela fait pourtant plusieurs années que les appels à cesser la vaccination automatique fait rage. La France, qui a rendu le BCG obligatoire dans les années 1960 pour tous les enfants de moins de 6 ans, reste l’un des derniers pays occidentaux à vacciner systématique contre la tuberculose. 


>> Et vous, pensez-vous qu’il faut continuer à vacciner automatiquement tous les enfants? Déposez vos commentaires…


Pourtant, «le BCG ne protège que des formes les plus graves de la maladie», explique le professeur Elisabeth Bouvet, infectiologue à l'Hôpital Bichat et responsable du groupe de travail du Conseil supérieur d'hygiène sur la tuberculose. Surtout, il n’évite pas la transmission du bacille de Koch, responsable de toutes les formes de tubercolose dont celle qui a profité du virus du sida. Contrairement à une bonne politique de prévention…


Alors que le taux de tuberculose de la France est passé sous la barre des 10 cas pour 100.000 habitants en 2004, seuil recommandé par l'OMS pour l'arrêt de la vaccination systématique, la question a commencé à se poser. 


Piqûre intradermique


Elle s’est accrue avec l’arrêt de la commercialisation par Sanofi-Pasteur, fin 2005, du principal vaccin utilisé en France, le Monovax à bague multipoints. Un vaccin de «qualité médiocre» mais très facile à utiliser et sans effets secondaires, selon le professeur Robert Cohen, pédiatre infectiologue et coordonnateur du réseau d'information sur les vaccins, Infovac


Son retrait oblige désormais à pratiquer une piqûre intradermique, un BCG plus difficile à manier aux effets secondaires plus violents, nombre de jeunes parents peuvent en témoigner, et qui nécessite deux rappels. Un BCG intradermique que nombre de pédiatres et de généralistes refuse d’utiliser (seul 25% des pédiatres se disent prêts à poursuivre la vaccination selon une étude d’infovac en avril 2005), quand les crèches et les écoles exigent que les enfants soient vaccinés.


S'il reste «théoriquement obligatoire», de «moins en moins de directrice l'exigent», a cependant assuré mardi Marie-Christine Blandin.


Nourrissons à très haut risque


Dès 2005, avant même la fin effective du Monovax, l’Académie de médecine avait proposé de songer à réserver le vaccin aux quelque «100.000 nourrissons à très haut risque» ayant besoin d’une telle protection au lieu de vacciner 750.000 enfants par an. 


Tout le problème réside dans le fait que les populations à risque sont celles qui viennent de région à forte endémie (Afrique, Asie, Amérique latine) ou qui vivent dans une situation précaire. Interrogée, sur le sujet, la Halde (Haute autorité de lutte contre les discriminations) estime qu’une telle politique sanitaire ne serait pas discriminatoire. Un avis que ne partage pas le Comité consultatif national d’éthique.


Depuis le débat fait rage, les parents s’inquiètent, les parlementaires discutent et le gouvernement n’a toujours pas pris position.