Sarkozy : «J'ai un coeur, il bat à gauche»

PRESIDENTIELLE Invité de «A vous de juger», il a réitéré son programme en prenant soin de ne pas paraître trop libéral...

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Augmentation du pouvoir d'achat, réformes des institutions, des régimes spéciaux, réduction de la dette, baisse du nombre des fonctionnaires: Nicolas Sarkozy a exposé jeudi sur France 2 sa "stratégie du changement" en matière économique, sociale et fiscale.
Augmentation du pouvoir d'achat, réformes des institutions, des régimes spéciaux, réduction de la dette, baisse du nombre des fonctionnaires: Nicolas Sarkozy a exposé jeudi sur France 2 sa "stratégie du changement" en matière économique, sociale et fiscale. — Thomas Coex AFP

Un air de déjà vu. Invité jeudi soir de l’émission «A vous de juger» sur France 2, Nicolas Sarkozy a réitéré beaucoup de propositions déjà connues de son programme. Jamais interrogé par Arlette Chabot sur la polémique concernant son appartement de Neuilly, il a fait l'éloge de «l'énergie» et de la «capacité à surmonter les épreuves» de Jacques Chirac qui doit annoncer dimanche s’il compte se présenter pour un troisième mandat. Si le Président décidait de le soutenir – Nicolas Sarkozy a avoué être déjà au courant de son choix - cela aurait «un certain poids», a-t-il noté.

Quant à François Bayrou, le candidat de l'UDF, Nicolas Sarkozy l'a accusé de jouer «la stratégie de l’immobilisme» en voulant associer la droite et la gauche dans le gouvernement. «Et si ce gouvernement rate, s'est-il interrogé, qu'est-ce qui reste comme solution ? Jean-Marie Le Pen ou Arlette Laguiller ?».

Sur le fond, il a indiqué qu’il nommerait 15 ministres au sein d’un gouvernement qui se verrait appliquer la règle de la parité. Nicolas Sarkozy modifierait également les attributions des ministères actuels. Il créerait par exemple un grand ministère «de l'immigration et de l'identité nationale». Dans ce domaine, il a redit que les immigrés souhaitant venir en France au titre du regroupement familial auraient à apprendre, au préalable, «des rudiments de la langue française».

Ne pas paraître trop libéral

S’adressant à la «France qui se lève tôt», le candidat UMP a mis l’accent sur certaines valeurs répétées comme un leitmotiv tout au long des deux heures d’émission : le «travail», le «mérite», «l’effort». Tout en prenant soin de ne pas paraître trop libéral. C’est ainsi que Nicolas Sarkozy entend «se servir de l’impôt intelligemment» et «conditionner les allègements de charges des entreprises à leur politique salariale». «Je souhaite que l’impôt sur les sociétés soit plus élevé pour les entreprises qui suppriment des emplois et qui n’investissent pas en France», a défendu celui qui, au début de l’émission, a lancé, non sans un certain culot : «J’ai un cœur et il bat à gauche».

Longuement interrogé sur le dossier Airbus, il a estimé que «l’Etat doit constituer un nouvel actionnariat». «Il faut faire entrer de nouveaux actionnaires privés, des actionnaires financiers et un actionnaire industriel pour piloter la boîte», a-t-il expliqué, estimant que c’était à l’Etat de «montrer l’exemple» en participant à son développement. «Quand j’entends dire qu’un actionnaire, Daimler, demande des dividendes pour rémunérer son capital dans une entreprise qui fait 10.000 licenciements, je ne peux l’accepter», s’est-il également emporté avant de répéter, par deux fois, que «le marché ne dit pas tout».

Il en veut pour preuve la politique industrielle - l’Etat pourrait «se battre » pour que la France soit leader dans une dizaine de secteurs comme les télécommunications – ou la politique monétaire. C’est ainsi que «l’euro doit être au service de la croissance et de l’emploi» et non plus seulement un outil obsolète de lutte contre l’inflation. Et d’attaquer Jean-Claude Trichet, le président de la Banque Centrale européenne, dans l’esprit duquel «ça a du mal à percer».

Alexandre Sulzer