Chiffres du chômage: l'Insee se justifie

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Créée en 2002, la VAE permet aux salariés et aux chômeurs de convertir leur expérience professionnelle en diplôme ou en qualification. Le candidat justifiant d'au moins trois ans d'expérience doit constituer un dossier retraçant précisément son expérience professionnelle, avant de passer devant un jury.
Créée en 2002, la VAE permet aux salariés et aux chômeurs de convertir leur expérience professionnelle en diplôme ou en qualification. Le candidat justifiant d'au moins trois ans d'expérience doit constituer un dossier retraçant précisément son expérience professionnelle, avant de passer devant un jury. — Stéphane de Sakutin AFP/Archives

L'Insee a expliqué jeudi son incapacité à valider un taux de chômage annuel en raison de «résultats incohérents» et non validables en la matière, faisant état au pire d'un taux stable à 9,8% en 2006 et au mieux d'une baisse de 0,6 point, sur fond de polémique politique.

L'annonce mi-janvier du report à l'automne par l'Insee, pour cause d'incertitudes techniques, de son Enquête Emploi - qui donne chaque année, en mars, les chiffres annuels du chômage au sens du Bureau International du Travail révisés - a alimenté le soupçon en pleine campagne présidentielle.

«Ce ne sont pas des chiffres cachés, mais le doute est largement suffisant» pour ne pas les valider, s'est défendu jeudi Stefan Lollivier, le directeur des statistiques démographiques et sociales de l'Insee, auditionné par le Conseil national de l'information statistique (Cnis).

«Nous restituons les statistiques, mais nous ne sommes pas en mesure de restituer les chiffres labellisés. L'Enquête emploi n'est pas publiable en l'état», a-t-il averti, mettant en garde contre toute tentation de retenir comme référence pour l'année un taux de 9,8%.

Les statistiques publiées tous les mois par le ministère de l'Emploi, sur la base des données de l'ANPE, font elles état d'un taux de chômage de 8,6% en décembre 2006, contre 9% en avril 2002 au moment où la gauche a quitté le pouvoir.

Sylvie Lagarde, Chef du département emploi, a longuement justifié jeudi par «des problèmes statistiques» le report à l'automne par l'Insee du taux définitif de chômage. Elle a fait le point sur des «incohérences constatées entre l'enquête emploi et les autres sources d'information sur le marché du travail, sur l'emploi comme sur le chômage». «Ces incohérences sont renforcées par l'analyse comparée du 4e trimestre 2006 et de la moyenne annuelle 2006 de l'enquête emploi elle-même», a-t-elle ajouté.

Elle a aussi évoqué «un taux de réponses qui a fortement baissé en 2006 dans certaines régions, notamment en Ile-de-France». Mais plusieurs participants à la réunion ont réaffirmé leur scepticisme.

«Je ne suis pas convaincu par les arguments présentés. Le taux de réponse global n'a quasiment pas bougé, donc n'a probablement pas eu d'effet significatif sur le chômage. Le principal élément d'incertitude est le décalage avec les chiffres de l'ANPE, très affectés depuis juin 2005 par des changements de gestion des inscrits», a affirmé Pierre Concialdi, membre du collectif ACDC, qui souligne depuis plusieurs mois une hausse des radiations des demandeurs d'emploi et l'exclusion de certaines catégories de chômeurs du baromètre officiel.

De fait, au-delà des débats statistiques et si l'Insee assure avoir agi en toute indépendance, l'annonce mi-janvier du report de l'Enquête Emploi est devenue un enjeu politique. Le gouvernement, qui vante son bilan dans la lutte contre le chômage, se trouve en effet accusé par le PS de vouloir masquer une réévaluation du taux.

Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, a jugé jeudi que le fait «que l'Insee ait repoussé la publication des chiffres du chômage montre qu'il existe encore pour le gouvernement un moyen de repousser la publication d'une mauvaise nouvelle».

Dans une récente note, l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) avait pour sa part estimé que le taux de chômage en 2006 s'établissait probablement à environ 8,9%.