«Le comportement des policiers s'est plutôt amélioré»

Propos recueillis par Catherine Fournier

— 

Des policiers "scandalisés", leur ancien directeur général "stupéfait", l'institution policière est sous le choc des accusations de tortures lancées dans un livre paru jeudi, mais "veut savoir" si certains des siens ont réellement torturé des suspects d'attentats en 1995.
Des policiers "scandalisés", leur ancien directeur général "stupéfait", l'institution policière est sous le choc des accusations de tortures lancées dans un livre paru jeudi, mais "veut savoir" si certains des siens ont réellement torturé des suspects d'attentats en 1995. — Pierre Andrieu AFP/Archives

Fabien Jobard est chercheur au CNRS sur les institutions pénales et spécialiste de la police, avec laquelle il patrouille régulièrement. Il analyse les résultats du rapport annuel de la Commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS), qui relève une augmentation de 30% des plaintes pour bavure.

Dix-neuf plaintes en 2001, contre 140 en 2006. Faut-il s’alarmer des chiffres publiés ce jeudi par la CNDS sur les violences policières ?

Je ne pense pas. Chiffrer les bavures est impossible, surtout sur une courte période. Or, la CNDS est une institution très récente. Mieux vaut observer l’évolution sur au moins une dizaine d’années. En ce sens, les chiffres de l’Inspection générale des services, la police des polices, sont plus significatifs. Ils traduisent également une augmentation constante des requêtes pour violence illégitime, avec un taux de rejet qui, lui, reste stable. On peut en déduire un plus grand recours au droit de la part des citoyens.

Le comportement des policiers n’est donc pas à mettre en cause ?

Sur le long terme, il s’est plutôt amélioré : les brutalités policières sont sans doute moins fréquentes que, par exemple, dans les années 90. Une des principales raisons réside dans le fait qu’un avocat est présent dès la première heure de garde-à-vue. Cette mesure, adoptée depuis le 1er janvier 2001, incite les policiers à faire attention. Avant, l’avocat n’arrivait qu’à partir de la 23e heure (les gardes à vue ne duraient donc pas plus de 22 heures…), et avant 1994, il n’y avait pas d’avocat du tout.

 

Les policiers sont pourtant soumis à une culture du résultat, instaurée par le ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy…

Oui, mais cette politique a surtout une incidence sur l'élaboration des dossiers judiciaires, pas tellement sur le travail de terrain. Le ministre veut du résultat sur la garde à vue, la mise sous écrou et la condamnation, et se dit intraitable sur les bavures. Il ne veut pas reproduire l’erreur de Pasqua qui avait dit aux policiers en 1986 : «Je vous couvre» au sujet de la mort de Malik Oussekine. Une attitude avait coûté à Jacques Chirac son élection à la présidentielle, en 1988.