«Je me suis dit "s'ils viennent, je me fous en l'air"»

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Claude Duviau, l'exploitant agricole jugé depuis lundi devant les assises de la Dordogne pour avoir tué en septembre 2004 deux contrôleurs du travail, a voulu raconter le drame en mettant "tout sur la table" pour que la cour comprenne qu'il "n'était plus sur terre".
Claude Duviau, l'exploitant agricole jugé depuis lundi devant les assises de la Dordogne pour avoir tué en septembre 2004 deux contrôleurs du travail, a voulu raconter le drame en mettant "tout sur la table" pour que la cour comprenne qu'il "n'était plus sur terre". — Pierre Andrieu AFP/Archives

Claude Duviau, l'exploitant agricole jugé depuis lundi devant les assises de la Dordogne pour avoir tué en septembre 2004 deux contrôleurs du travail, a voulu raconter le drame en mettant «tout sur la table» pour que la cour comprenne qu'il «n'était plus sur terre».

Après avoir enlevé ses lunettes, l'accusé se met debout et commence le récit de ce 2 septembre 2004, où Sylvie Trémouille et Daniel Buffière seront abattus, quasiment à bout portant et sans sommation, en voulant donner son «ressenti».

Ce jour là, «on répare une bâche avec des employés. A un certain moment, je vais à la cuisine chercher de l'eau. En revenant, je vois la voiture des inspecteurs, qui passe devant la propriété au ralenti, et revient comme pour se garer en face de moi. Ils me regardent, puis ils repartent vers les vergers. (...) Je vois les deux contrôleurs qui descendent. Buffière me dit "voila monsieur, on vient de contrôler votre personnel, on a trouvé de tout."

«Je n'ai pas compris. Je n'avais pas pensé du tout que j'avais donné l'autorisation à un voisin d'aller ramasser un cageot de prunes pour de la confiture. (...) Buffière me parle d'une nouvelle circulaire sur le prêt de main d'oeuvre illégal. Je me suis culpabilisé, je n'avais pas pris connaissance de la circulaire.

«Je lui demande: "je vais passer au tribunal?" Il m'a dit "certainement monsieur". Ca a été un déclic, j'ai ressenti une émotion.

«Mon premier réflexe est de partir avec le C 15 (fourgonnette), j'ai vu qu'il était coincé par leur voiture. Je vais à la maison, c'était panique à bord. Ca tapait fort dans la poitrine, je ne pouvais plus me contrôler, je n'étais plus sur terre.

«Je regardais sur le parking ce qu'il se passait. Je me suis dit "s'ils viennent, je me fous en l'air". J'ai pensé à ma femme, j'étais déjà dans ma mort. Ils m'ont appelé, je n'ai pas répondu. Et puis Buffière est venu. (...) A un certain moment, je me suis dit "ils me font chier". Je suis parti dans la chambre, j'ai pris le fusil, je me vois leur tirer dessus, et puis je rentre.

«Vite il faut que je me suicide, je prends le fusil, je n'arrive pas à enlever une douille, je n'ai remis que celle d'en bas. J'ai tiré. A un certain moment, j'ai réalisé que je pensais. (...) C'est que je ne suis pas mort. C'est au cours de la discussion (avec le juge) que j'ai appris que j'avais tué deux personnes.»