«Sarko et moi, on est un couple qui dérange»

INTERVIEW Le rappeur Doc Gynéco détaille les raisons de son engagement à l'UMP...

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Doc Gynéco a passé quelques heures en cellule de dégrisement dans un commissariat parisien au cours du week-end après avoir heurté un taxi sur son scooter alors qu'il était ivre, a-t-on appris lundi de source policière, confirmant des informations du Parisien et de France-Soir
Doc Gynéco a passé quelques heures en cellule de dégrisement dans un commissariat parisien au cours du week-end après avoir heurté un taxi sur son scooter alors qu'il était ivre, a-t-on appris lundi de source policière, confirmant des informations du Parisien et de France-Soir — Domonique Faget AFP/Archives

Le rappeur Doc Gynéco détaille les raisons de son engagement à l'UMP...

Pourquoi faites-vous campagne pour Nicolas Sarkozy ?

Il a des idées qui vont dans mon sens, bien qu'il n'ait pas le temps de s'exprimer sur l'art et la jeunesse. Beaucoup disent : «Nicolas Sarkozy plus culture égale Clavier, Reno et Gynéco». On réduit son intérêt pour la culture à deux acteurs et un rappeur.

Vous écrivez : «Sarkozy est un personnage plus adapté à mon style.» Pouvez-vous nous décrire le style Sarko-Gynéco?

C'est de l'ordre du ressenti, car Sarkozy est au-dessus des différences et des apparences. Tous les deux, on est des boucs émissaires faciles, parce qu'on est un couple qui dérange. Les gens ne veulent pas qu'on s'aime.

Après vos interventions mouvementées à la télé et à la radio, vous n’avez pas peur de desservir Nicolas Sarkozy?

Non. Je suis honnête et sincère dans mon engagement. J'aime cette idée que les artistes et les intellos s'engagent dans la politique.

Un artiste qui s’engage à gauche est moins sujet aux critiques…

Quand je rencontre mes camarades artistes de gauche, je vois bien que l'argent est tabou. Moi, je n'ai pas peur de dire combien je gagne, parce que je ne suis pas dans la grosse machine artistique qui brasse et qui le cache. Et puis beaucoup se revendiquent de gauche alors qu'ils ne sont pour moi que des rebelles sans cause. Je ne respecte que les hommes de gauche très sincères qui ne se la jouent pas «je suis pauvre, j'aime les pauvres». Je n'aime pas l'humanisme de bonne conscience.

Vous accusez les rappeurs d’être en partie responsable du malaise des banlieues. Or, ils disent traduire une réalité. Préféreriez-vous qu’ils chantent Douce France ?

C'est mieux que «nique la France». Ce qui me dérange, c'est que les CD sont les livres de la jeunesse. Les chansons des rappeurs passent entre les mains d'enfants, ce n'est pas un public averti. L'art, les artistes et la culture, ça te marque, ça te crée. Moi, je fais partie de cette génération qui s'est faite tout seul. Si les artistes que j'écoutais avaient dit des choses comme « baise la France », mais qu'est-ce que ça aurait fait de moi ? Dire cela est très grave. La colère peut s'exprimer avec des mots crus, mais il y a une manière d'écrire. Exprimer la violence par la violence, on sait où ça mène.

Recueilli par Ingrid Pohu (avec David Carzon)

*Auteur de Les grands esprits se rencontrent (Ed. du Rocher), où il explique pourquoi il a décidé de soutenir Nicolas Sarkozy pour la présidentielle.

L’engagement de Doc Gynéco avec l’UMP ne s’arrête
pas à l’élection présidentielle. Le rappeur souhaite
jouer un rôle «utile» au sein du parti. «Je vais soutenir l’UMP pour les législatives, explique-t-il, et j’aurai
un poste assigné avec un maire, un député ou avec Nicolas Sarkozy s’il gagne. » En tout cas, il oublie toute modestie quand il évoque ce qu’il peut apporter à l’actuel parti de la majorité. «Je suis désormais un danger, comme l’était Pelé pour les équipes adverses», écrit-il dans son livre.