Les Français n'ont que faire des affaires

POLITIQUE Les révélations compromettant les candidats à la présidentielle se multiplient. Sans conséquences...

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Le Canard Enchaîné relance la polémique sur l'ISF du couple Ségolène Royal-François Hollande, affirmant que son patrimoine était sous-estimé, et sur le prix de l'ancien appartement de Nicolas Sarkozy, accusé d'avoir bénéficié d'un important rabais.
Le Canard Enchaîné relance la polémique sur l'ISF du couple Ségolène Royal-François Hollande, affirmant que son patrimoine était sous-estimé, et sur le prix de l'ancien appartement de Nicolas Sarkozy, accusé d'avoir bénéficié d'un important rabais. — Martin Bureau AFP/Archives

Au tour de Ségolène Royal. Après avoir accusé, factures à l'appui, Nicolas Sarkozy d'avoir bénéficié de conditions étonnamment avantageuses pour l'achat de son appartement, Le Canard enchaîné met en doute la probité de la candidate PS. Dans son édition d'hier, l'hebdomadaire assure que le couple Royal-Hollande a sous-estimé son patrimoine pour échapper à près de 5 000 € d'impôt sur la fortune. Malgré les démentis, Le Canard affirme tenir là un scandale. De nature à réécrire l'histoire d'une élection, comme l'affaire des diamants offerts par Bokassa à Giscard en 1980.Et pourtant. Le journal est obligé de constater que ses révélations ne font pas grand bruit. « Dans d'autres contrées, la moitié de ce que le Canard a révélé suffirait à renvoyer un prétendant à ses occupations domestiques », observe-t-il dans sa dernière édition. Mais pas en France, à moins que la justice ne s'en mêle (lire ci-dessous).La « presse indolente » décriée par le Canard est-elle responsable ? C'est l'avis de James Graff, journaliste américain de Time Magazine basé à Paris. « En France, il y a beaucoup de journalistes impertinents, mais peu de journaux impertinents. Un confrère m'a fait remarquer que dans beaucoup de pays, les journalistes font tomber les politiciens. Ici, apparemment, un politicien peut faire tomber un journaliste. » Eric Pape, de Newsweek, tente de comprendre : « Les Français ont une relation différente de celle des Américains avec le pouvoir. Ils traînent peut-être l'imaginaire du roi. »Une enquête, menée auprès de 2000 personnes entre 2003 et 2006 par deux chercheurs à Sciences-Po, souligne que « les comportements qui concernent le favoritisme et la recherche d'avantages personnels bénéficient d'un niveau de tolérance élevé ». Patrick Balkany, réélu après sa condamnation à Levallois-Perret, peut en témoigner.François Miquet-Marty, de l'institut de sondage LH2, constate qu'aujourd'hui, « les intentions de vote des candidats ne pâtissent pas des affaires. La critique du personnel politique est si forte que les gens ne les estiment pas plus condamnables que les autres. » Le seul candidat à tirer parti des scandales, relève le sondeur, reste le réceptacle inégalé du vote protestataire : Jean-Marie Le Pen.


Photo prise le 18 janvier 2007 à Neuilly de l'immeuble dans lequel le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy, possédait un appartement qu'il a vendu en novembre 2006