Péan et Cohen condamnés pour diffamation

EDITION Ils avaient qualifié la juge Eva Joly d'«honorable correspondant» du journal «Le Monde»...

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La magistrate Eva Joly, qui a instruit l'affaire Elf, reproche au réalisateur Claude Chabrol de réduire, dans le film que ce scandale lui a inspiré, la portée de ce dossier de corruption financière à "un petit théâtre de moeurs" et de "violer l'intimité de (sa) vie privée".
La magistrate Eva Joly, qui a instruit l'affaire Elf, reproche au réalisateur Claude Chabrol de réduire, dans le film que ce scandale lui a inspiré, la portée de ce dossier de corruption financière à "un petit théâtre de moeurs" et de "violer l'intimité de (sa) vie privée". — Ali Burafi AFP/Archives

Les deux auteurs du livre «La face cachée du Monde», Pierre Péan et Philippe Cohen, ont été condamnés chacun mercredi à 2.000 euros d’amende par la cour d'appel de Paris pour avoir qualifié l'ex-juge d'instruction Eva Joly d' «honorable correspondant» du Monde, un qualificatif diffamatoire, selon elle. Ils devront en outre verser solidairement 2.000 euros de dommages-intérêts à Mme Joly, la cour ordonnant la publication de la décision dans deux titres.

Dans leur livre, les deux journalistes avaient noté que «Le Monde» avait «accordé deux pages pour assurer la promotion» de l'un des livres de la juge, publié en juin 2000.

Les auteurs, par le qualificatif de «correspondant», «laissent clairement entendre qu'Eva Joly, connue du public comme magistrat, fournissait à la rédaction du Monde des renseignements confidentiels tirés des procédures d'instruction qu'elle avait en charge et qu'elle a reçu en contrepartie d'une gratification consistant, en l'espèce, en une publicité pour son livre», explique l'arrêt. «Une telle imputation porte incontestablement atteinte à son honneur et à sa réputation professionnels et est d'autant plus diffamatoire que le terme de correspondant implique l'idée d'une pratique régulière».

La cour a en outre estimé que «les éléments dont les auteurs disposaient, à savoir des articles de journaux, des propos repris dans les ouvrages ou tenus à l'occasion d'émissions de télévision ne les autorisaient pas à porter des accusations aussi graves envers Eva Joly. Les auteurs du livre ont exprimé leur conviction personnelle sur la base d'investigations sommaires, opérées sans souci d'impartialité».

La cour d'appel statuait après que la Cour de cassation eut annulé une première condamnation prononcée en appel dans ce même dossier.

L'avocat des auteurs du livre, Me Henri Leclerc, a indiqué qu'un nouveau pourvoi en cassation était envisagé.