Ils ont aidé leurs patients «à mourir avec décence»

EUTHANASIE Deux mille soignants ont signé un manifeste…

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Marie Humbert, poursuivie pour "administration de substances toxiques", délit passible de cinq ans d'emprisonnement, s'est dite "contente pour le Dr Chaussoy", mais "très déçue" pour elle.
Marie Humbert, poursuivie pour "administration de substances toxiques", délit passible de cinq ans d'emprisonnement, s'est dite "contente pour le Dr Chaussoy", mais "très déçue" pour elle. — Joël Saget AFP/Archives

Plus de 2.000 médecins et infirmières affirment avoir «aidé des patients à mourir avec décence», dans un manifeste en faveur de la dépénalisation de l'euthanasie à paraître jeudi dans le «Nouvel Observateur» et le quotidien «Sud-Ouest».

«Parce que, de façon certaine, la maladie l'emportait sur nos thérapeutiques, parce que, malgré des traitements adaptés, les souffrances physiques et psychologiques rendaient la vie du patient intolérable, parce que le malade souhaitait en finir, nous, soignants, avons, en conscience, aidé médicalement des patients à mourir avec décence», affirment les signataires du manifeste.

«Tous les soignants ne sont pas confrontés à ce drame, mais la majorité de ceux qui assistent régulièrement leurs patients jusqu'à la mort, utilisent, dans les circonstances décrites, des substances chimiques qui précipitent une fin devenue trop cruelle, tout en sachant que cette attitude est en désaccord avec la loi actuelle», poursuivent-ils.

Améliorations insuffisantes

Cette initiative n'est pas sans rappeler un autre manifeste, dit «des 343 salopes» - des femmes célèbres et inconnues qui affirmaient avoir subi un avortement clandestin-, publié avril 1971 par le «Nouvel Observateur» pour lancer un appel à la légalisation de l'interruption volontaire de grossesse (IVG), qui sera obtenue en 1975.

Jugeant «insuffisantes» les améliorations apportées par la loi sur la fin de vie (loi Leonetti) d'avril 2005, les médecins et infirmières à l'origine de l'appel relèvent que les «récentes mises en examen de médecins et d'infirmières ayant aidé leurs patients à mourir prouvent que la loi est toujours aussi répressive et injuste car en décalage avec la réalité médicale».

Procès à l'horizon

Ce texte est publié à quelques jours du procès la semaine prochaine à Périgueux du Dr Laurence Tramois et de l'infirmière Chantal Chanel, accusées d'avoir donné la mort en 2003 à une femme en phase terminale d'un cancer.

Les signataires du manifeste demandent «l'arrêt immédiat des poursuites judiciaires à l'encontre des soignants mis en accusation», une «révision de la loi dans les plus brefs délais» en s'inspirant «des réformes déjà réalisées en Suisse, en Belgique et aux Pays-Bas», et des «moyens adaptés permettant d'accompagner les patients en fin de vie» en accordant à chacun «la dignité».

Photo : Marie Humbert avait aidé son fils Vincent à mourrir. (AFP)