«J’étais membre de l’IRA, j’ai posé une bombe»

Eric Albert, à Ballymena (Irlande du Nord)

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L'organisation séparatiste basque ETA, qui a annoncé mercredi un "cessez-le-feu permanent" à compter du 24 mars 2006, est l'un des trois principaux groupes terroristes indépendantistes actifs en Europe depuis les années 1960.
L'organisation séparatiste basque ETA, qui a annoncé mercredi un "cessez-le-feu permanent" à compter du 24 mars 2006, est l'un des trois principaux groupes terroristes indépendantistes actifs en Europe depuis les années 1960. — Peter Muhly AFP/Archives
Les Irlandais élisent ce mercredi leur Assemblée régionale qui réunira loyalistes et républicains. Un espoir de paix pour la région. Reportage sur une association où se rencontrent paramilitaires et victimes…

Une ligne qui lui barre le front trahit son sérieux. Seamas Heaney entame le récit du drame qui a bouleversé sa vie. «J’étais membre de l’IRA au début des années 1970, un parcours normal pour un jeune de Derry à l’époque. J’ai posé une bombe. Je suis heureux aujourd’hui qu’il n’y ait pas eu de victime, mais à l’époque, ça ne m’aurait pas gêné. J’ai fait de la prison pour ça. Enfin, en 1978, mon frère, aussi membre de l’IRA, a été tué par des militaires.»

Seamas raconte son histoire devant un petit groupe rassemblé à Ballymena, dans le nord de l’Irlande du Nord. La réunion est organisée par une association, Healing Through Remembering («Cicatriser en se rappelant»), qui cherche à aider à la réconciliation.

3.700 morts

Entre le début des années 1970 et la fin des années 1990, 3.700 personnes sont mortes en Irlande du Nord. Mais si les armes se sont tues depuis presque une décennie, la colère et la méfiance entre les communautés restent profondément ancrées.

Healing Through Remembering a mis sur pied un groupe rassemblant 23 victimes et anciens paramilitaires, loyalistes ou républicains. Depuis trois ans, ils se rencontrent régulièrement, pour essayer de comprendre leur parcours et proposer des solutions à la réconciliation de ce tout petit bout de terre de 1,7 million d’habitants.

«Similarités entre loyalistes et républicains»

Les discussions ont parfois été très difficiles. Mais elles ont permis des rapprochements entre des gens qui ne se seraient jamais rencontrés. Seamas Heaney, qui considère encore aujourd’hui l’armée comme étant «une machine à tuer», a ainsi parlé avec d’anciens militaires.

«Ce qui me frappe est la similarité entre loyalistes et républicains, explique Gareth Higgins, un membre du groupe, originaire d’une famille ‘mélangée’. Des deux côtés, la méfiance est la même et les problèmes sociaux qui poussent aux violences sont les mêmes.»

«Conflit intime»

Le groupe est loin d’être unanime sur les solutions à adopter. Ils proposent cinq scénarios, qui vont de ne rien faire à imposer une commission d’enquête qui aurait de vrais pouvoirs de sanctions, en passant par un rapport historique approfondi.

Mais quelque soit la solution finalement retenue, tous sont d’accord pour souligner les bienfaits de la simple parole. «Le conflit est très intime en Irlande du Nord, note Pat Conway, autre membre du groupe. Nous connaissons tous quelqu’un qui a été victime. Les gens savent qui a fait quoi.» Raconter son histoire, faire comprendre à l’autre son point de vue, est donc essentiel. Si ce n’est pas fait, le risque est évident: «l’histoire peut se répéter», prévient Seamas Heaney.