«Entre contradictions et arrière-pensées politiques»

Propos recueillis par Pierre Koetschet

— 

Les candidats à la présidentielle pourront recueillir du 22 février au 16 mars les 500 parrainages nécessaires pour se présenter, ce qui leur donne un délai supplémentaire d'une semaine par rapport au calendrier initial, a annoncé mercredi Matignon.
Les candidats à la présidentielle pourront recueillir du 22 février au 16 mars les 500 parrainages nécessaires pour se présenter, ce qui leur donne un délai supplémentaire d'une semaine par rapport au calendrier initial, a annoncé mercredi Matignon. — Mychèle Daniau AFP/Archives

A dix jours du dépôt des candidatures, seuls Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal, François Bayrou et Marie-George Buffet sont assurés d’avoir 500 parrainages d’élus. Les «petits» candidats crient au déni de démocratie. Après plusieurs consignes voilées au cours de la semaine précédente, lundi soir, Nicolas Sarkozy a expliqué lundi qu’il «se battra» pour qu’Olivier Besancenot et Jean-Marie Le Pen aient leurs parrainages. Une position aussitôt vigoureusement dénoncée par le PS. Pour Dominique Chagnollaud, le professeur de droit constitutionnel (Paris II) préféré de la droite française, ce système est à bout de souffle.

Avez-vous l’impression que le système se mord la queue?
On pourrait peut-être dire cela. La réforme est ancienne. Elle date du 18 juin 1976, à une époque où l’on craignait, à tort ou à raison, la prolifération des candidatures. Cette réforme a donc trente ans et semble un peu âgée. Le débat revient régulièrement au sujet de Jean-Marie Le Pen, qui a toujours obtenu ses signatures. Je pense que cette question va être bientôt réglée, puisque Nicolas Sarkozy a dit qu’il était prêt à les aider.

Que ce soit un chef de parti, lui-même candidat, en l’occurrence Nicolas Sarkozy, qui décide qui sera ou ne sera pas candidat ne vous choque pas?
Ce qui est surtout choquant, c’est la contradiction du discours. D’un côté, il dit: je soutiens les petits candidats pour la démocratie, alors qu’on sait très bien qu’il y a des arrière-pensées politiques. De l’autre, au sujet de Bayrou: «s’il est élu, il ne pourra pas gouverner la France, ce sera le retour à la IVe République.» C’est en contradiction flagrante avec l’esprit de la Ve République qui place l’élection présidentielle au-dessus de tout.

Comment pourrait-on réformer le système?
On pourrait imaginer quelque chose qui mêlerait soutiens de citoyens et d’élus. Il y a des raisons historiques aux parrainages d’élus : avant 1962, le chef de l’Etat était élu par des grands électeurs et on est resté sur cette idée que le candidat devait être garanti par des grands électeurs. Mais aujourd’hui, cela ne veut pas dire grand chose. Les citoyens pourraient compter, même si cela ferait sans doute beaucoup de travail au Conseil constitutionnel pour vérifier des centaines de milliers de signatures…

D’autant que le système actuel place des maires ruraux dans une situation difficile…
Oui, cela leur fait jouer un rôle extrêmement désagréable. Tous les cinq ans, ils deviennent l’objet d’une espèce de chasse à courre. Pour eux, c’est franchement détestable. Les élus sans étiquette n’ont pas forcément envie de se mouiller.

Il y avait déjà eu une polémique en 2002, pourquoi le système n’a-t-il pas été réformé depuis cinq ans?
Il y a eu le 21 avril. Certains se sont peut-être dit qu’il fallait mieux de pas pouvoir voter pour Jean-Marie Le Pen. En fait, cela pose plusieurs questions de démocratie. La première : qui peut parrainer ? Et je pense que cela doit être les citoyens. La deuxième question est celle de la proportionnelle. Nous avons des partis sous représentés car nous sommes dans un système très majoritaire. Il n’y a pas du tout de représentation exacte du pays à l’Assemblée nationale ou ailleurs. Ce qui rend la quête de parrains d’autant plus ardue.