«Le risque d’accidents de radiothérapie est faible»

INTERVIEW Quatre patients sont morts à Epinal, trois médecins sont suspendus. Retour sur...

Propos recueillis par Sandrine Cochard

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Des "accidents de radiothérapie" à l'hôpital d'Epinal ont entraîné un décès et des complications chez 13 patients traités pour des cancers de la prostate, a annoncé jeudi l'Agence régionale de l'Hospitalisation (ARH) de Lorraine.
Des "accidents de radiothérapie" à l'hôpital d'Epinal ont entraîné un décès et des complications chez 13 patients traités pour des cancers de la prostate, a annoncé jeudi l'Agence régionale de l'Hospitalisation (ARH) de Lorraine. — Mychèle Daniau AFP/Archives

Interview du professeur Michel Bolla, radiothérapeute et professeur en cancérologie au CHU de Grenoble – Président de la Société française de radiothérapie oncologique.

Suite à l’irradiation de quatre malades, il revient sur la procédure de traitement du cancer et les risques liés à la radiothérapie.
Comment est décidée une radiothérapie ?
Le traitement d’un cancer fait appel à trois disciplines : la chirurgie, les traitements médicaux comme la chimiothérapie et la radiothérapie. Depuis 2002, le Plan Cancer prévoit que tout dossier de patient cancéreux doit être discuté dans le cadre d’une réunion de concertation pluridisciplinaire qui réunit le médecin référent du patient, le chirurgien, le radiothérapeute, l’oncologue médical et le pathologiste. Ces médecins émettent un diagnostic sur l’étendue de la maladie, à savoir si la tumeur est localisée ou diffuse, avec la présence de métastases, et si le cancer est dans un état avancé. Le patient se voit alors proposer un programme personnalisé de soin, qui prévoit ou non une chirurgie, un traitement médical et/ou une radiothérapie. Les risques, telle que la toxicité aiguë ou tardive du traitement, lui sont expliqués. Cela est essentiel pour obtenir du patient ce que l’on appelle son «consentement éclairé».
Plusieurs accidents de radiothérapie ont émaillé cette discipline ces derniers mois. Quelle est la procédure à suivre en cas d’accident ?
Je tiens tout d’abord à rappeler que le risque d’accidents de la radiothérapie demeure faible sur les 140.000 malades traités chaque année. Néanmoins, conscients des risques de complications sévères qu’implique le traitement, nous assurons le suivi des patients en partenariat avec son généraliste et des spécialistes des organes (par exemple un pneumologue). Face à un malade qui présente des symptômes inhabituels, nous reprenons l’ensemble de son dossier ainsi que les calculs réalisés pour son traitement. Si l’erreur est identifiée, par exemple une administration supérieure à celle envisagée, nous prévenons le malade, la direction de l’hôpital et l’Agence de sûreté nucléaire.
Justement, un guide de radiothérapie des tumeurs vous a été demandé par ASN. En quoi consistera-t-il ?
La radiothérapie est une discipline complexe. L’ASN, avec l’Institut du cancer, a demandé à la Société française de radiothérapie oncologique, que je préside, d’éditer un guide qui déclinerait les différentes stratégies thérapeutiques en fonction des cancers. L’objectif étant d’offrir aux radiothérapeutes un document dans lequel plusieurs experts français auront défini une programmation de traitements. Seront ainsi abordés la zone à irradier, la prescription de la dose, le seuil de tolérance aux radiations de chaque organe et le suivi du patient à assurer. Ce guide est en cours de rédaction, il devrait être publié à la fin de l’année.