«Un homme droit ayant sombré dans la dépression»

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Le premier jour du procès d'assises de Claude Duviau, l'agriculteur qui avait tué en septembre 2004 deux contrôleurs du travail, a été consacré lundi à Périgueux à son examen de personnalité, le présentant comme un homme «droit et honnête ayant sombré dans la dépression».

C'est la première fois dans l'histoire de l'inspection du travail en France que deux contrôleurs sont tués dans l'exercice de leur fonction. L'accusé, qui répond du chef d'homicides volontaires sur personnes chargées d'une mission de service public, a décliné son identité avec émotion: «Je suis fils de Angèle Duviau, je ne connais pas mon père», a-t-il dit, expliquant avec émotion avoir souffert dans l'enfance d'être «un peu le bâtard».

Le bas du visage fendu par une large cicatrice après avoir tenté de se suicider en plaçant le canon d'un fusil sous son menton le jour du drame, M. Duviau a déroulé son existence, d'une voix claire. «Dès l'âge de neuf ans, je travaillais à la ferme avant d'aller à l'école», détaille-t-il. Apprenant à l'adolescence que l'exploitation de son beau-père ne lui revient pas, il s'engage dans l'armée de l'air, où il restera 15 ans.

En 1982, il devient agent d'assurances, une fonction qu'il occupe pendant 20 ans. D'anciens collègues le décrivent comme un homme «droit, honnête, respectueux des autres mais pouvant se mettre en colère.»

Cette «vie banale», selon les termes du président Jean-Alain Nollen, se fracture brutalement en 2003. La liaison amoureuse entre sa fille et son associé, de «25 ans son », les difficultés financières, puis sa condamnation pour travail saisonnier illégal entraînent Duviau dans une spirale de dépression.

L'accusé avoue avoir très mal supporté l'assignation reçue pour l'embauche d'un Marocain dont il avait lui-même signalé la situation irrégulière. «Me retrouver au tribunal, être considéré comme un voyou, c'est quelque chose qui m'a asphyxié.»

De son côté, l'enquêteur de personnalité décrit M. Duviau comme «un homme qui se lance des défis dans la vie» qui avait mal supporté des contrôles à répétition. Il fait une première tentative de suicide en 2003, mais sa femme lui enlève le fusil des mains.

Il confie à un proche avoir l'intention de se suicider un samedi matin devant le Crédit agricole, considérant comme «une insulte d'avoir des dettes». Son entourage remarque des changements dans son comportement: il ne se rase plus, n'a plus son raisonnement habituel.

Excédée par le portrait «élogieux» dressé par les témoins cités et l'enquêteur de personnalité, l'accusation a regretté l'absence d'évocation des victimes.

Pour la première fois, l'accusé a répondu en faisant mention de son double meurtre: «Je ne cherche pas à justifier mon geste. Le geste pour moi est inexcusable», a-t-il lâché.

Le ministre de l'Agriculture, Dominique Bussereau, a «réaffirmé son total soutien» aux agents de son ministère, rappelant «que le ministère est lui-même partie civile». De leur côté, les syndicats ont demandé lors d'un point de presse «aux parlementaires et au pouvoir exécutif» de les soutenir publiquement.

Le 2 septembre 2004, l'exploitant avait tiré avec son fusil de chasse sur Daniel Buffière, 47 ans, contrôleur de la Mutualité sociale agricole (MSA), et Sylvie Trémouille, 40 ans, contrôleur du travail à l'Inspection du travail, de l'emploi et de la prévention sociale agricole (ITEPSA). Les deux contrôleurs venaient de lui notifier la présence irrégulière de salariés extérieurs à son exploitation.

Le verdict est attendu vendredi.