«La violence faite aux jeunes filles dépasse la Seine-Saint-Denis»

C.F (avec AFP)

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«Vu l’ampleur des résultats, on ne peut pas penser que seule la Seine-Saint-Denis est concernée.» Ernestine Ronai, responsable de l’Observatoire départemental des violences envers les femmes, réagit après la publication d’une enquête réalisée en 2006 auprès de 1.600 filles du département. Pas moins de 23% d’entre elles, âgées de 18 à 21 ans, rapportent avoir subi au cours de leur vie des violences physiques et 14% des agressions sexuelles.


Première étude quantitative


«C’est tellement énorme qu’il s’agit sûrement d’un phénomène qui dépasse les frontières du département», commente encore Ernestine Ronai. Autre explication, selon elle : le travail de sensibilisation et de prévention qui a été fait dans le 93 a facilité le témoignage de ces jeunes filles. La Seine-Saint-Denis est en effet le seul département qui dispose d’un Observatoire réservé aux violences envers les femmes. Et cette enquête, commandée par l’Observatoire, est la première étude quantitative sur les comportements sexistes et les violences envers les filles réalisée en France.

Elle a été réalisée par Maryse Jaspard, chercheuse à l'Institut national d'études démographiques (Ined), auteur de l'enquête nationale sur les violences envers les femmes en France (ENVEFF), menée en 2000 auprès des femmes de 20 à 59 ans. Les taux de violences physiques (gifles, coups, menaces avec armes) et sexuelles obtenus sont «deux à cinq fois supérieurs que pour la classe d'âge 19-24 ans de l'enquête ENVEFF», constate Maryse Jaspard.

Hommes adultes

Au cours des douze derniers mois, catégorie distincte de l'enquête, 30% des jeunes filles interrogées ont relaté avoir été victimes de violences physiques et 5% de violences sexuelles. Dans plus de deux tiers des cas, les auteurs des violences sont des hommes adultes. «La jeunesse est souvent stigmatisée. Or, il faut aussi mener un travail de sensibilisation auprès des adultes», souligne Ernestine Ronai. L’Observatoire propose de mener une nouvelle enquête, concernant les garçons de 18-21 ans cette fois-ci. «A terme, il faudra une enquête nationale.»

Cette étude a été réalisée entre avril et décembre 2006 auprès d'un échantillon de 1.600 jeunes filles de 18 à 21 ans vivant, travaillant ou étudiant en Seine-Saint-Denis. Les jeunes filles (8% de nationalité étrangère) ont été interrogées en tête-à-tête par des enquêtrices dans les universités (41%), la rue ou les centres commerciaux (31%), les lycées (19%), les missions locales, centres de formation ou foyers de jeunes travailleurs (8%).