Il avait abattu deux contrôleurs du travail

JUSTICE Le procès s'ouvre aujourd'hui à Périgueux…

AFP

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Les inspecteurs du travail ont joué les trouble-fêtes mercredi, pour les 100 ans du ministère du Travail, en se mettant en grève contre la réforme de leur administration, le manque d'effectifs et l'augmentation des agressions dont ils sont victimes.
Les inspecteurs du travail ont joué les trouble-fêtes mercredi, pour les 100 ans du ministère du Travail, en se mettant en grève contre la réforme de leur administration, le manque d'effectifs et l'augmentation des agressions dont ils sont victimes. — Stéphane de Sakutin AFP/Archives

Le meurtre de deux contrôleurs du travail en 2004, au centre d'un procès qui s'ouvre lundi devant les assises de la Dordogne à Périgueux, avait traumatisé les inspecteurs du travail, révélant les inquiétudes d'une profession toujours frustrée par un manque d'effectifs.

Le 2 septembre 2004, un agriculteur avait tué avec son fusil de chasse Daniel Buffière, 47 ans, et Sylvie Trémouille, 40 ans, venus sur son exploitation contrôler les contrats de travail de saisonniers près de Bergerac (Dordogne).

Un meurtre qui avait bouleversé les agents de l'inspection du travail et mis en lumière les difficultés de leur métier. «Avant cette affaire, on ne mettait pas nos problèmes en avant, par rapport au droit des salariés qui nous semblait plus important, on n'en discutait pas entre collègues, et encore moins à l'extérieur», explique Gérald Le Corre, inspecteur du travail et responsable CGT.

«Ce double meurtre a fait ressortir beaucoup de choses, beaucoup ont parlé de leur ressenti et de leurs difficultés avec les employeurs, c'est devenu un sujet de discussion collectif», ajoute-t-il.

Avant 2004, les accès de violence des employeurs envers les inspecteurs, souvent verbaux, ne donnaient pas forcément lieu à procès verbal: «ce qui a changé, c'est qu'il y a des procédures plus systématiques», témoigne M. Le Corre.

En attente d'un geste public

Pour autant, les inspecteurs sont toujours «en attente» d'un geste public, d'une parole officielle qui redonnerait du sens et de l'importance à leur mission: «cette affaire a révélé, par le silence ministériel qui a suivi, la place minorée du contrôle public», estime Pierre Mériaux du syndicat SNU-TEF (FSU).

Pour lui, ce silence «symbolique» est révélateur d'une «remise en question de la place des inspecteurs et partant, du droit du travail dans notre société». Pourtant, "le CPE nous l'a prouvé, il y a une sensibilité publique large sur cette question", affirme-t-il.

L'indignation face au double meurtre avait abouti à la mise en place, en 2006, d'un plan du ministre délégué à l'Emploi Gérard Larcher créant 700 postes supplémentaires d'ici 2010.

Mais il est jugé «insuffisant» par les syndicats, qui en réclament le double.

Environ 180 recrutements sont prévus pour 2007 mais "nous n'avons aucune garantie budgétaire pour les années suivantes", déplore M. Mériaux, jugeant que l'inspection du travail, en termes d'effectifs, n'est pas "digne d'une puissance économique comme la France".

La profession compte 1.400 inspecteurs et contrôleurs du travail, auxquels s'ajoutent 210 agents du ministère des Transports et 340 agents du ministère de l'Agriculture, pour 1,5 million d'entreprises employant 15 millions de salariés.

L'ensemble des syndicats a appelé les agents à "être présents" à l'ouverture du procès, avant un "rassemblement unitaire" sur place mardi. Conscient de l'émotion suscitée par le procès, le ministère de l'Emploi a lui appelé "au respect", souhaitant que "la sérénité des débats" soit préservée.