«Les politiques sont impuissants»

INTERVIEW Pierre Sparaco. Journaliste spécialiste de l’aéronautique

©2006 20 minutes

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Pierre Sparaco

Journaliste spécialiste de l’aéronautique*.

Les candidats s’emparent du dossier Airbus-EADS. Est-ce une bonne chose ?

C'est inévitable. S'ils ne disaient rien, on le leur reprocherait. Mais leur intervention risque de compliquer davantage encore le dossier. Surtout, elle risque d'être inutile, car les politiques sont impuissants devant ce type de situation.

Pourquoi ?

Parce qu'EADS est une firme privée. Certes, les Etats français et allemand font partie de son actionnariat. Mais ses deux actionnaires de référence sont deux entreprises privées, DaimlerChrysler et Lagardère. Jusqu'à présent, comme tout allait très bien, ce mélange public-privé pas vraiment naturel ne posait pas de problème. Aujourd'hui, on assiste à un dialogue de sourds. D'un côté, des industriels avec une logique d'actionnariat face à un problème de rentabilité ; de l'autre, des Etats qui cherchent à préserver des emplois.

Comment analysez-vous les prises de position des candidats ?

Même s'ils ne sont pas familiers du dossier, même s'ils emploient parfois un vocabulaire différent, ils font tous le même constat : l'actionnariat d'EADS ne peut pas continuer comme cela. L'Etat français a tendance, souvent à tort, à considérer Airbus comme une entreprise publique. N'oublions pas que la dissuasion nucléaire, clé de voûte de notre défense nationale, fait appel à des missiles qui sont dans le portefeuille d'EADS. C'est une raison très solide pour l'Etat de garder un pied dans la maison.

Ségolène Royal propose d’ouvrir l’actionnariat à des régions françaises…

Elle est dans une logique sociale, symbolique, mais pas vraiment réaliste. Sauf à tout reconstruire, ce qui ne peut se faire ni vite ni sans consulter les Allemands. Par ailleurs, même si des régions entraient au capital, elles ne pèseraient pas beaucoup dans les choix stratégiques d'EADS.

Recueilli par B. B.

* Auteur de Airbus : la véritable histoire (éd. Privat).