«Un slogan électoral impossible à mettre en oeuvre»

INTERVIEW Jean-Claude Mailly. Secrétaire général de FO

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Interview de Jean-Claude Mailly, secrétaire général de FO.

L’idée de travailler plus pour gagner plus semble avancer dans l’esprit des Français…

Ce qui avance, c'est surtout l'idée de gagner plus, car il y a en France un vrai problème de pouvoir d'achat. Mais le temps de travail n'est pas une réponse au pouvoir d'achat. Travailler plus pour gagner plus, c'est avant tout un slogan électoral, mais concrètement, c'est impossible à mettre en oeuvre.

Pourquoi ?

Mais parce que le volume d'activité de travail, c'est l'entreprise qui le dicte, pas le salarié ! Les heures supplémentaires, c'est au bon vouloir de l'employeur. Si les salariés étaient libres de décider de leur durée de travail, on serait dans un tout autre système économique, où les salariés pourraient également choisir leur salaire, et pourquoi pas leur patron. Le seul temps de travail qu'un salarié peut choisir est le temps partiel choisi.

L’UMP et Nicolas Sarkozy en font pourtant un argument de campagne…

Qu'ils disent alors clairement ce qui se cache derrière leur slogan. Nous, on tient à une durée légale du travail, qui est le droit minimum commun à tous les salariés. Le système britannique, lui, n'a pas de référence sur la durée du travail. C'est la dérégulation complète qui s'applique et qui, au final, ne profite pas aux salariés. Parce que, quand il n'y a plus de règles, s'applique la loi du plus fort, donc en matière de travail, celle de l'employeur.

Le PS et Ségolène Royal, eux, veulent tirer le bilan des 35 heures…

Les 35 heures ont plombé le pouvoir d'achat des travailleurs, car leur mise en place a provoqué un gel des salaires qui n'a jamais été rattrapé depuis. Mais, maintenant, les 35 heures sont la durée légale en France. Revenir dessus, ce serait imposer une forme de double peine aux salariés, qui ont déjà sacrifié une partie de leur pouvoir d'achat.

Recueilli par Bastien Bonnefous