Dominique Wolton: «Maîtriser les rouages de la communication»

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Dominique Wolton

Directeur de l'unité Information

et communication du CNRS.

Le CNRS vient de créer une unité consacrée à la communication. Pourquoi était-ce utile ?

La communication a été pensée auparavant, mais pas de manière globale et scientifique. C'est en raison de l'importance prise par certains phénomènes qu'on se décide à les étudier. Au début des années 2000 sont nées les sciences de l'environnement, aujourd'hui, ce sont les sciences de la communication. Les scientifiques sont les seuls à pouvoir poser un regard critique sur la mondialisation de l'information.

Il y aurait donc un risque à ne pas «penser» la communication ?

A l'avenir, les sciences étendront, dans le meilleur des cas, le savoir de chacun ; dans le pire des cas, elles deviendront un élément de pouvoir pour les puissants. Les découvertes des scientifiques ont déjà une valeur économique très importante, ils doivent donc maîtriser les rouages de la communication pour ne pas se faire instrumentaliser, par exemple par l'industrie.

La communication est déjà omniprésente dans la société.

Vous arrivez trop tard ?

Il y a une omniprésence des techniques de communication, le téléphone, Internet... Mais les problèmes de communication ne sont pas résolus pour autant. Aujourd'hui, l'homme sait maîtriser dans le processus de communication le message, la technique, mais pas le récepteur, sa résistance et sa capacité critique. Finalement, aussi sophistiquée soit-elle, la communication n'est pas totalement efficace. Lors de leurs émergences, on croyait que les médias créeraient une pensée unique et que les ONG supprimeraient la guerre, ce n'est pas le cas. Simplement, de nos jours, on filme la guerre, on ne l'empêche pas. S'il y avait 6,5 milliards d'internautes, en train de communiquer en permanence, cela ne changerait rien à cette « inefficacité » qu'il faut étudier.

Recueilli par Arnaud Sagnard

Le colloque se déroulera lundi à Paris, à la Cité des sciences et de l'industrie (19e) et à l'auditorium du CNRS (16e). Il est également diffusé en temps réel, via le site www.cnrs.fr