Polémique après les propos de Jack Lang sur l'Algérie

COLONIALISME Le conseiller de Ségolène Royal a plaidé pour la reconnaissance par la France de ses «crimes»

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Jack Lang, "conseiller spécial" de Ségolène Royal, a défendu dimanche les déclarations de la candidate socialiste en Chine sur les "droits humains" et son usage du barbarisme "bravitude".
Jack Lang, "conseiller spécial" de Ségolène Royal, a défendu dimanche les déclarations de la candidate socialiste en Chine sur les "droits humains" et son usage du barbarisme "bravitude". — Joël Saget AFP/Archives

Rôle positif ou négatif de la colonisation, suite. Le conseiller spécial de la candidate socialiste à la présidence française Ségolène Royal, Jack Lang, a plaidé dimanche, à l'issue d'une conférence donnée à Alger, à l'invitation de l'Institut des études stratégiques globales (IESG), pour une «reconnaissance par la France des crimes commis par la colonisation» en Algérie, comme alternative aux «excuses» réclamées par Alger à Paris.

«Il faut réformer les manuels scolaires français qui présentent une histoire idyllique du colonialisme» et «décoloniser les mentalités», a dit l’ancien ministre de l’Education nationale, soulignant qu'il appartenait à la «génération anticolonialiste, qui s'était opposée à Guy Mollet (Président de conseil socialiste au début de la guerre d'Algérie en 1956) et à la guerre d'Algérie». «Il y a un devoir de réparation historique» à l'égard de l'Algérie, a-t-il ajouté, insistant sur la nécessité de «construire des relations exemplaires entre la France et l'Algérie».

Le ministre des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, a réagi à ces propos lundi, estimant que la France devait cesser de se «battre la coulpe». «Méfions-nous de la mauvaise conscience et de la repentance permanente. Tout cela est lié au raidissement de la mémoire, au souvenir nécessairement douloureux de la colonisation», a déclaré le ministre sur Europe 1. «Mais regardons vers l'avant. 74% des Algériens ont moins de 25 ans. Il faudrait maintenant tourner une page et arriver à regarder l'Algérie comme un partenaire d'égal à égal».

François Bayrou a lui aussi jugé sévèrement les propos du leader socialiste, déclarant que l'attitude de Jack Lang était d' «une grave imprudence». «Chaque fois qu'on essaie d'instruire le procès, en injuriant ou en insultant ceux qui ont donné leur vie, qui ont participé à un effort dont je rappelle qu'il était l'effort de la République et spécialement de la gauche, on creuse à nouveau les blessures du pays», a-t-il estimé.

«Si M. Lang entend par là les regrets que nous devrions avoir vis-à-vis de l'Algérie, c'est une opinion crapuleuse, c'est scandaleux de dire cela», a pour sa part déclaré Jean-Marie Le Pen lors du Grand rendez-vous Europe 1/TV5Monde/Le Parisien. «Si la France a à demander des comptes, elle doit le demander à ceux qui ont permis le départ dans la ruine de un million de Français métropolitains» après l'indépendance de l'Algérie, a déclaré le président du Front national, qui a aussi évoqué les harkis «massacrés». «Je suis fier d'être Français, j'accepte l'histoire de la France, quelle qu'elle soit, malgré ses erreurs, malgré ses faiblesses, et aussi grâce tout de même à son apport exceptionnel, d'abord pour les Français, et ensuite pour le monde», a-t-il ajouté, précisant que la «repentance lui sortait par les yeux».