«Les ados suicidaires veulent tuer le mal qui est en eux»

Propos recueillis par Catherine Fournier

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Le suicide, et particulièrement celui des jeunes, devient une priorité de santé publique. Pour la première fois, une semaine entière, qui démarre aujourd'hui, est consacrée aux 11es Journées nationales de la prévention du suicide.
Trois questions à Agnès Favre, auteur de «L’Envol de Sarah», aux Editions Max Milo

Quel message avez-vous voulu faire passer en racontant la vie de votre fille, puis son suicide?

Ce livre, je l’ai d’abord écrit pour moi, en période de deuil. Mais je le donne aussi comme un cadeau à tous les jeunes qui peuvent se reconnaître dans Sarah, dans ses lettres. Je veux leur dire : «Ouvrez-vous avant qu’il soit trop tard, n’ayez pas honte d’aller mal, c’est normal.» Il faut qu’ils saisissent les mains tendues, qu’ils se livrent. Car, au fond, les ados suicidaires ne veulent pas mourir, ce qu’ils cherchent, c’est tuer le mal qui est en eux.

Comment expliquez-vous aujourd’hui que Sarah n’ait pas pu faire machine arrière?

Elle avait une grande faculté à masquer sa souffrance, comme la plupart des filles d’ailleurs. Quand les facteurs déclenchants sont arrivés –un déménagement, une rupture avec une copine–, elle allait sans doute déjà très mal, sans que nous en soyons vraiment aperçus. C’est pour cela qu’il faut être très attentif aux signes précurseurs, comme l’abus d’alcool par exemple. Sarah est partie avec son mystère. Mais ce n’est pas une fatalité. Il peut y avoir des réponses aux questions.

Et aux parents dont les enfants sont passés à l’acte, que souhaiteriez-vous leur dire?

Qu’il faut arrêter de culpabiliser, même si la question du «pourquoi» est tout à fait normale. Surtout, il ne faut pas avoir peur d’en parler et briser le tabou. Car ce qui est très dur, c’est l’après et le mutisme qui entoure le suicide. Or, parler permet de faire son deuil. Ce que je veux dire aux parents, c’est que vivre avec, c’est possible, même si on ne verra jamais plus les choses de la même façon.