VERBATIM

«Comment je vois réellement le problème de l'Iran»

Les deux interviews donnés par le Président lundi et mardi...

Voici le verbatim de ce qu'a dit Jacques Chirac sur l'Iran

Interview du 29 janvier:

    «Il y a d'abord deux problèmes différents: c'est l'électronucléaire et le nucléaire militaire. Ce qui nous inquiète en Iran, ce n'est pas l'électronucléaire, c'est le nucléaire militaire, l'enrichissement de l'uranium. (...) Et c'est très dangereux. (...) Ce n'est pas tellement dangereux par le fait d'avoir une bombe, peut-être une deuxième un peu plus tard. (...) Mais ce qui est dangereux, c'est la prolifération. Ca veut dire que si l'Iran poursuit son chemin et maîtrise totalement la technique électronucléaire, le danger n'est pas dans la bombe qu'il va avoir, ça ne lui servira à rien. Il va l'envoyer où cette bombe ? Sur Israël ? Elle n'aura pas fait 200 mètres dans l'atmosphère que Téhéran sera rasée».
    «Ce qui est dangereux, c'est la prolifération, et c'est tout de même très tentant, pour d'autres pays qui ont de gros moyens financiers dans cette région, de dire "et bien nous aussi, on va le faire, ou on va aider d'autres à le faire". Pourquoi l'Arabie Saoudite ne le ferait pas ? Et pourquoi n'aiderait-elle pas l'Egypte à le faire également ? C'est ça le danger».
   

    Interview du 30 janvier:
    «Je voulais donc dire comment je voyais réellement le problème de l'Iran.»
    (...)
    «J'ai dit (c'était un peu une manière schématique de parler): mais au fond, quand on pense à l'Iran, à quoi peut lui servir une bombe ? Si véritablement l'objectif de l'Iran c'est de se doter d'une puissance nucléaire, c'est-à-dire d'une bombe nucléaire, il est évident que cette bombe, à partir du moment où elle serait lancée, serait à l'évidence même immédiatement détruite. On a les moyens, beaucoup de pays ont les moyens de détruire une bombe, enfin d'observer le lancement d'une bombe et de la fusée qui la porte, et de détruire cette bombe. Donc on ne voit pas très bien quel est l'avantage que pourrait trouver l'Iran dans une action consistant à lancer une bombe, elle serait détruite évidemment à peine lancée.»
    (...)
    «Alors, les répercussions sur l'Iran devraient être examinées, naturellement. J'ai eu un mot rapide, et que je retire naturellement, quand j'ai dit : "On va raser Téhéran". C'était évidemment une boutade dans mon esprit. Mais bon. Je n'imagine pas que l'on puisse raser Téhéran !»
    (...)
    «Mais il est évident qu'il y aurait sans aucun doute des mesures de coercition, des mesures de rétorsion, forcément. Ça fait partie de la dissuasion nucléaire, il y aurait forcément des rétorsions. (...) La dissuasion nucléaire, la théorie de la dissuasion nucléaire, c'est la dissuasion qui permet d'agresser, de contre-agresser un agresseur nucléaire qui se serait manifesté. Voilà donc le premier problème».
    «Le deuxième problème concerne évidemment la prolifération. Le grand danger de cette opération de l'Iran, c'est la prolifération».
    (...)
    «A partir du moment où l'Iran serait en mesure d'accéder à une technologie militaire nucléaire, il deviendrait ipso facto un centre potentiel de prolifération. Ce qui serait extrêmement dangereux pour toute la région. Alors, là je me suis laissé aller, parce que je croyais qu'on était en "off", à dire que par exemple l'Arabie Saoudite ou l'Egypte pourraient être tentées de suivre cette exemple. Je retire naturellement, car ni l'Arabie Saoudite ni l'Egypte n'ont fait la moindre déclaration sur ces sujets, et donc ce n'est pas à moi de les faire».
    (...)
    «Mais ce qui est certain, c'est qu'une telle procédure conduit à une course aux armements qui peut conduire un certain nombre de pays à essayer de participer à cette course aux armements. Je ne veux citer aucun pays naturellement, même si je l'ai fait hier, je n'aurais pas dû le faire. Je l'ai fait croyant que je parlais "off". Bon».
    «Mais c'est indiscutablement une course aux armements dans la région et peut-être au-delà (...) qui risque d'être le résultat de cette opération».
    (...)
    «Car même sans utiliser une bombe qu'ils auraient créée, ils peuvent transférer à d'autres pays, pour des raisons politiques, des technologies qui permettraient à ces autres pays d'accéder eux-mêmes à des technologies militaires nucléaires. Voilà ce que j'ai voulu dire».

    (Concernant l'attaque possible d'Israël par l'Iran)
    «Je ne peux pas imaginer cela. (...) Les moyens de protection qui existent dans le monde, notamment chez les Américains mais également chez les Européens, un certain nombre d'Européens, sont tels que je n'imagine pas qu'une bombe, qu'une fusée porteuse d'une bombe puisse décoller de l'Iran sans qu'on s'en aperçoive. Et que par conséquent elle serait forcément détruite. Ça, je ne crois pas avoir parlé d'Israël hier. Peut-être l'ai-je fait, mais je ne le crois pas, je n'en ai pas le souvenir».