France

« J'ai vu des types dans le bois et je me suis dit pourquoi pas moi »

A droite, sa tente, à gauche, celle du chat, Minou. Roman, 56 ans, vit dans le bois de Vincennes depuis deux ans. Avec des bâches et des branchages, il s'est construit un abri de quelques mètres carrés, « hors de la société ». Salarié dans une libra...

A droite, sa tente, à gauche, celle du chat, Minou. Roman, 56 ans, vit dans le bois de Vincennes depuis deux ans. Avec des bâches et des branchages, il s'est construit un abri de quelques mètres carrés, « hors de la société ». Salarié dans une librairie francilienne durant vingt-cinq ans, il a subi coup sur coup en 2004, un licenciement et un divorce. A la rue, il a fui les foyers d'accueil pour SDF, « trop violents ». Mais avec 500 e par mois d'allocation spécifique de solidarité, impossible de retrouver un logement. « Un jour, j'ai vu des types sous des tentes dans le bois et je me suis dit “pourquoi pas” et j'ai planté la mienne », explique-t-il avec son accent polonais. Les bons jours, il enchaîne les boulots en intérim ou au noir, « dans l'entretien ou le gardiennage ». Solitaire, il ne fréquente pas les autres « cachés » du bois. « On est la merde de la société, les politiques s'intéressent à nous pour les élections, mais on nous oubliera après », estime-t-il. Pascal, sa tente plantée quelques mètres plus loin, n'en pense pas moins. A 47 ans, cet ancien électricien « en préretraite », plaisante-t-il, s'est réfugié dans le bois depuis trois ans. RMiste, il ne veut « plus bosser » et rêve d'« être peinard, dans un petit appart ». Proche des Enfants de Don Quichotte, on ne lui a proposé pour l'instant qu'une place en foyer d'urgence. « J'en ai rien à foutre, c'est pas mon monde », s'énerve-t-il.

Son monde, Patrice a fini par le trouver. Maître d'hôtel dans l'Essonne, il tombe « dans la galère » en 1999 et atterrit au camping de La Ferté-Alais (Essonne). A 250 e la caravane contre 450 e pour un studio, le calcul est rapide. Huit ans après, il dit s'être « converti au camping ». Sa caravane aménagée – télé, hi-fi, ordinateur... –, il a monté une association* pour « les habitants de logements mobiles ». Un secteur « en pleine expansion » : sur son camping vivent une cinquantaine de personnes, pour la plupart salariées, et « on voit arriver de plus en plus de précaires, poussés des centres-villes ».

B. B.

*www.halemfrance.org