Rachida Dati, la petite voix intérieure

©2006 20 minutes

— 

Quand on lui demande de parler d'elle, elle ne peut pas s'empêcher de parler de lui. Elle, c'est Rachida Dati. Lui, c'est Nicolas Sarkozy. Ce n'est pas de l'aveuglement. Juste que son destin est inextricablement lié à celui qui est devenu le candidat UMP pour la présidentielle et qui lui a demandé d'être son porte-parole. Cette ex-magistrate de 41 ans – elle a été substitut du procureur après avoir travaillé dans le privé – est venue à la politique par et pour Sarkozy. « En 2002, je lui ai écrit, il m'a répondu trois semaines après et on s'est rencontrés, se souvient cette brune au débit ultrarapide. Je lui ai dit que je voulais travailler avec lui. » L'audace paye puisqu'elle intègre l'équipe du ministre de l'Intérieur et se retrouve en charge du projet de loi sur la prévention de la délinquance. Un texte décrié, mais qu'elle défend : « On a dit que Nicolas Sarkozy voulait mettre des mineurs en prison, alors qu'il n'y a aucune mesure privative de liberté dans ce texte. » Défendre son patron, elle y est habituée. Les émeutes ? « J'ai trouvé cela injuste. Souvenez-vous des émeutes de 1984, personne n'a rien réglé depuis. » Le caractère de Sarkozy ? « Je ne suis pas docile ou dans un rapport de domination. Il ne s'énerve pas, mais il est exigeant. » Les attaques de Lilian Thuram ? « Ils se sont rencontrés grâce à moi, je peux vous dire qu'ils se respectent. »

Sa promotion en tant que porte-parole en a surpris plus d'un. A se demander si Sarkozy n'a pas souhaité mettre en pratique son idée de la discrimination positive avec cette proche née de père marocain et de mère algérienne. « Il n'a jamais mis en avant mes origines, assure-t-elle. Je suis magistrate, il n'y a pas de doutes sur mes compétences techniques. Quand Nicolas Sarkozy m'a proposé de devenir porte-parole, il m'a juste demandé de ne pas changer. » Changer non, mais se former oui, avec Jean-Claude Narcy, présentateur de TF1 qui lui apprend à parler devant des caméras. « Mais je ne le fais pas pour être formatée. » Discrète, elle prend ses marques dans son nouveau rôle. Avec une préoccupation : « Ne pas être dans l'invective. » Une gageure vu le démarrage de la campagne.

David Carzon

Jacques Attali, écrivain, président de PlaNet Finance: «Rachida Dati a été ma collaboratrice à la Berd ( Banque européenne pour la reconstruction et le développement) à Londres. C'est quelqu'un d'exigeant et de rigoureux. Elle est au conseil d'administration de PlaNet Finance et elle m'aide sur le dossier microcrédit. Quant à son engagement politique, je ne crois pas que ce soit idéologique.» Jean-Marie Le Guen, député PS: «J'ai combattu son projet de loi sur la prévention de la délinquance, car il pose des problèmes de sécurité publique. C'est une machine à surveiller les Français en permanence.»