«L'intoxication au monoxyde de carbone est liée aux conditions sociales»

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Deux enfants et leur père, appartenant à la communauté des gens du voyage, sont morts vendredi dans une caravane à Denain, près de Valenciennes (Nord), victimes d'une intoxication au monoxyde de carbone, alors que leur mère est dans le coma, a-t-on appris auprès des pompiers.
Deux enfants et leur père, appartenant à la communauté des gens du voyage, sont morts vendredi dans une caravane à Denain, près de Valenciennes (Nord), victimes d'une intoxication au monoxyde de carbone, alors que leur mère est dans le coma, a-t-on appris auprès des pompiers. — François Lo Presti AFP

Trois questions à Philippe Lamoureux, directeur général de l'Institut National de Prévention et d'Education pour la Santé (Inpes).

Trois cents personnes meurent chaque année en France d’intoxication au monoxyde de carbone, dont pas moins de 40 dans le Nord-Pas-de-Calais. Comment expliquer ce nombre important dans cette région ?

Il y a deux critères : le premier est climatique. Les intoxications au monoxyde de carbone touchent plutôt les régions froides en hiver puisqu’elles sont liées à des problèmes de chauffage. Le croissant nord-est de la France est donc concerné en priorité.

Le second critère est social car la diffusion du monoxyde de carbone est provoquée par une combustion incomplète provoquée par un mauvais entretien des appareils de chauffage. En effet, les entretenir coûte très cher et certaines personnes ne peuvent se le permettre. Quand une personne a un niveau de vie plus élevé, il y a de plus fortes chances d’avoir un meilleur chauffage. Le logement compte également.

C’est-à-dire ?

Dans des conditions précaires, les personnes ont tendance à se calfeutrer. A cause de problèmes d’isolation, elles bouchent les trous avec des morceaux de carton ou de tissu. Mais l’air, ainsi, ne se renouvelle pas car les bouches d’aération sont obstruées. Ce qui accentue énormément les risques d’intoxication. En moyenne, 0,1% de monoxyde de carbone dans une pièce provoque l’asphyxie en une heure, 1% en quinze minutes.

Autre facteur social : les personnes précaires utilisent souvent des chauffages d’appoint en continu. Mais ces appareils, qui ne sont pas raccordés à l’extérieur, n’évacuent pas la combustion.

Quels conseils donnez-vous pour éviter les accidents ?

Entretenir régulièrement son installation de chauffage que la combustion se fasse au gaz, au charbon, au fioul, au butane, au pétrole… Ne pas utiliser d’appareil d’appoint en continu, ni de réchaud de camping à l’intérieur de son logement. Et surtout, aérer souvent son domicile.

Propos recueillis par Alexandre Sulzer