Sarko et les médias, l'envers des plateaux

©2006 20 minutes

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Nicolas Sarkozy détaille son programme économique et social dans une interview au Monde, proposant notamment de réduire les prélèvements obligatoires de quatre points pour les ramener à la moyenne européenne.
Nicolas Sarkozy détaille son programme économique et social dans une interview au Monde, proposant notamment de réduire les prélèvements obligatoires de quatre points pour les ramener à la moyenne européenne. — Franck Perry AFP

Alain Genestar, l'ancien directeur de Paris Match, le tient pour responsable de son licenciement. François Bayrou n'a de cesse de dénoncer ses amitiés avec les patrons de presse. Les relations nouées par Nicolas Sarkozy avec les médias sont la cible de toutes les critiques. Qu'en est-il de ses liens avec les journalistes de terrain ? Jean-François Achilli, chef adjoint du service politique de France Inter, suit pas à pas le ministre-candidat depuis trois ans. Témoin des déplacements et des confidences « off » accordées à une poignée de journalistes, il en a tiré un récit, démarré le 15 janvier 2006 et clos le 14 janvier dernier. Jusqu'ici tout va bien* (éditions Ramsay), présenté en exclusivité par 20 Minutes, lève le voile sur ces relations. Et tire ce constat : depuis septembre, le candidat prend ses distances. « J'y vois une part d'exaspération liée à sa surexposition médiatique, et une part de stratégie. Nicolas Sarkozy ne veut plus apparaître comme l'ami des médias », analyse Jean-François Achilli. Voici des épisodes éclairants rapportés dans son ouvrage.

«Martin Bouygues, c'est mon meilleur ami...»

Début 2006, Nicolas Sarkozy cultive un comportement charmeur. « Vous êtes superbe, vous assénez des vacheries avec un sourire adorable », lance-t-il à une journaliste dans l'Airbus ministériel à destination des Antilles. Dans le même avion, plus tard, il fanfaronne. L'arrivée d'Harry Roselmack à TF1, « j'étais au courant le premier ». « Nicolas Sarkozy, tout sourire, écrit Achilli, laisse entendre qu'il serait presque derrière cette nomination. » « Vous êtes intervenu auprès de Martin Bouygues parce que c'est votre copain ? », interroge un journaliste. « Martin Bouygues n'est pas un copain, c'est mon meilleur ami », rétorque Sarkozy.

«Poivre, il n'y a rien à dire, mais Chazal...»

Passionné de médias, Nicolas Sarkozy émet des jugements. : « J'aime bien faire des interviews avec David Pujadas. Il n'est pas complaisant, mais il n'est pas agressif. Poivre, il n'y a évidemment rien à dire. Mais Chazal... », lâche-t-il devant quatre journalistes le 17 mai dans le salon personnel de son Airbus en route vers le Mali.

Nicolas Sarkozy veille à accorder ces séances de «off» qui nourriront les articles. Mais des agacements pointent. Le 19 mai, pendant le vol de retour vers la France, raconte Achilli, « Karim Rissouli, le reporter d'Europe 1, l'interroge avec insistance : “Vous comptez vous rendre dans les Territoires occupés ?” Le patron de l'UMP, irrité, se montre cassant : “Rappelez-moi votre prénom, déjà ?” »

«C'est un beau métier, c'est pas comme journaliste»

Le 9 septembre, son voyage aux Etats-Unis marque un tournant dans ses relations avec la presse. « Il s'est débarrassé de la meute habituelle de journalistes, qu'il a pris en grippe depuis la fin des vacances. Le ministre ne croise plus les journalistes, c'est un phénomène nouveau », écrit Jean-François Achilli. Le 6 octobre, en visite dans le Finistère, Nicolas Sarkozy se fait mordant. Devant un horticulteur, il insiste : « C'est un beau métier, il faut en savoir des choses, c'est pas comme journaliste. » C'est dit en riant, mais dit quand même.

Le mitraillage en règle de France Inter

Fin 2006, le ministre de l'Intérieur invite des rédactions pour des déjeuners informels. Le 20 novembre, c'est au tour de France Inter. « Nicolas Sarkozy débute l'entretien avec un mitraillage en règle d'animateurs vedettes. Le ministre candidat se montre presque désobligeant, et finit par administrer une leçon de journalisme : “L'indépendance, c'est d'avoir de bonnes relations, apaisées, sans être forcément du même bord.” Sa nervosité surprend. Renseignements pris, il s'est comporté de manière identique avec les autres rédactions. Veut-il casser son image “d'ami des médias”, qui hérisse les électeurs ? La question s'est posée chez les journalistes. »

S. Colineau

*En librairie le 30 janvier.