«Sarkozy ne s’est pas attaqué à la délinquance endurcie»

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Trois questions à Delphine Batho, secrétaire nationale du PS en charge de la sécurité

Nicolas Sarkozy s’est félicité cet après-midi de son bilan en matière de délinquance, chiffres à l’appui. Qu’en pensez-vous?

Qu’il n’y a pas lieu de s’enorgueillir d’un tel bilan. Son discours de satisfecit est en décalage avec la réalité sur le terrain. Certes, la délinquance a un peu baissé (-1,3% en 2006), mais on observe un changement de nature de l’insécurité avec une augmentation des violences contre les personnes (+5,55%).

Comment expliquez-vous ce changement?

Nicolas Sarkozy ne s’est pas attaqué à la délinquance endurcie. Il faut reconnaître que son arrivée en 2002 a donné une impulsion à la lutte contre l’insécurité. Les chiffres ont baissé. Mais les moyens supplémentaires ont été concentrés sur les centres-villes et non dans les zones de non-droit ou dans les collèges et lycées. Quand Sarkozy est revenu au ministère de l’Intérieur en juin 2005, la délinquance endurcie avait relevé la tête.

Que propose le PS? Un retour de la police de proximité?

Non, en tout cas pas sous la forme de celle qui a été instaurée sous Jospin. Mais il faut redéployer une police de quartier en concentrant les moyens sur les départements urbains les plus touchés par la violence, à commencer par ceux de l’Ile-de-France. Nous proposons une véritable stratégie de reconquête territoriale, couplée à un déploiement éducatif sans précédent.

Préconiseriez-vous la création d’un ministère de la Sécurité?

Ce serait une bonne chose mais ce n’est pas la priorité. Nous ne sommes pas dans l’effet d’annonce technocratique, comme Nicolas Sarkozy – qui a proposé la création d’un ministère de l’Immigration. Il faut d’abord revenir sur le terrain et lutter plus efficacement contre les violences scolaires, notamment, car c’est là que tout commence. Quand on voit que le collège de Meaux où un élève de 11 ans a trouvé la mort a procédé à une centaine d’exclusions scolaires dans l’année, ce n’est pas normal.

Nicolas Sarkozy a soutenu qu’il y avait eu moins de véhicules incendiés à la Saint-Sylvestre? Qu’en pensez-vous?

C’est totalement faux. Les enquêtes montrent bien qu’il y a eu une augmentation de 40% du nombre de véhicules incendiés par rapport à 2005. Les chiffres sont clairement tronqués, dans la droite ligne de la culture de la statistique instaurée par Sarkozy. Les policiers ont tout intérêt à ne pas faire remonter toutes les informations. Tout comme ils ont intérêt à faire passer certains crimes et délits en main courante (+15%) plutôt qu’en plainte.

Vous qualifiez donc le bilan Sarkozy de tronqué?

Oui. Cet après-midi, on a entendu le discours de quelqu’un qui a échoué et qui cherche des parades.
Et sur l’immigration?

C’est pareil. Contrairement à ce qu’avance Sarkozy – 24.000 éloignements en 2006-, on sait qu’il y a plus de sans-papiers aujourd’hui qu’en 2002. Au lieu de s’attaquer vraiment aux filières clandestines, il renvoie des familles intégrées avec des enfants scolarisés. Quant à la question du regroupement familial, il invoque des règles qui sont déjà prévues par la loi (respect de la laïcité, égalité homme-femme…). Il suffit de les appliquer.

Sur le droit opposable au logement, le ministre a justement déclaré qu’il ne devrait pas bénéficier aux étrangers non titulaires d’un titre de séjour de dix ans…

Dites plutôt le candidat. On est là dans du pur positionnement électoral. C’est logique que ce droit s’adresse aux étrangers en situation régulière, mais la vraie question est plutôt de construire des logements pour l’ensemble de la population.

Propos recueillis par Catherine Fournier