Les soldes en fanfare, <br>la grève en veilleuse

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Le coup d'envoi des soldes d'hiver, mercredi, sera marqué par l'appel à la grève lancé par les syndicats de trois grands magasins parisiens (Printemps, Galeries Lafayette et Bon Marché), contre la dérégulation du temps de travail, la précarité de l'emploi et les bas salaires.
Le coup d'envoi des soldes d'hiver, mercredi, sera marqué par l'appel à la grève lancé par les syndicats de trois grands magasins parisiens (Printemps, Galeries Lafayette et Bon Marché), contre la dérégulation du temps de travail, la précarité de l'emploi et les bas salaires. — Bertrand Guay AFP/Archives

Les soldes côté pile. A 9h mercredi matin, sur le boulevard Haussmann à Paris, la chaussée est remplie de monde. Les clients s’engouffrent au Printemps de la Mode qui affiche des réductions de prix allant jusqu’à 50%. Il est tôt et déjà de nombreux Parisiens repartent dans le métro pour se rendre au travail les bras chargés de grands sacs bien remplis.

Côté face, au 107, rue de Provence, de l’autre côté du grand magasin. Des délégués syndicaux, postés à l’entrée du personnel, tractent des vignettes en papier sur lesquelles est écrit : «Salaires mini, horaires maxi, ras le bol !». Yana, déléguée CFDT, explique : «Nous demandons aux salariés d’attacher ce tract sur leur badge pour protester contre les amplitudes horaires.» Ce qui ne passe pas, c’est le système des «semaines basses», travaillées 37,15 heures, et des «semaines hautes», travaillées 42 heures «qui ne sont pas, selon Yana, considérées comme des heures supp’». Une organisation en place au Printemps-Haussmann depuis la loi sur les 35 heures. «La lassitude s’installe après les semaines hautes de Noël, explique la syndicaliste, car les salaires ne suivent pas. Au Printemps, beaucoup flirtent avec le smic, certains des 600 vendeurs n’arrivent pas à se loger. De luxueux ici, il n’y a que les enseignes et les clients».

Si l’intersyndicale cadres et salariés du Printemps n’appelle pas à la grève, elle invite les salariés à se rassembler durant leur pause déjeuner pour signer une pétition. Mais Yana se montre pessimiste sur le succès de l’initiative : «Il n’est pas facile d’avoir des opinions à l’intérieur d’une entreprise. On risque de le payer très cher.»

Retour côté pile. Dans les allées tamisées du Printemps de la Mode, aucun employé ne semble avoir collé le tract syndical sur lui. «Je suis solidaire du mouvement mais le client n’a pas à savoir quels sont nos problèmes, explique prudemment Thomas, vendeur de 24 ans. Et puis, la direction nous a mis en garde et nous a dit que si on le portait, une personne viendrait nous le retirer de force.» Va-t-il rejoindre le rassemblement dehors durant sa pause? Thomas ne sait pas trop, il va «réfléchir».

Au rez-de-chaussée, Lala, l’une des 1.300 démonstrateurs qui travaillent au Printemps, dit ne «pas être concernée» n’étant pas salariée du grand magasin. Ce qui n’empêche pas de «soutenir moralement» l’initiative syndicale. «Tout le monde sait qu’au Printemps, ils sont super mal payés. Mais se faire remarquer comme cela au premier jour des soldes… C’est normal qu’ils aient peur des répercussions.»

Alexandre Sulzer